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Marie-Adèle Copin

Sur les routes du nord de la Thaïlande

par Marie-Adèle Copin

25 MAI 2019

Voyage

Le nord de la Thaïlande est une destination peu touristique. Marie-Adèle te présente six endroits qu'elle aime.

Quand on entend le chant du coucou koël, on sait qu’on est en Asie. Il est 1 heure du matin. Je suis dans mon bungalow à Lampang et cet oiseau particulièrement bavard lance son cri typique et insistant: «Ko-eeul!». Mais à force de l’entendre, j’ai l’impression que le «Ko-eeul!» se transforme en un «Oh ouiii!» de jouissance.

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Marie-Adèle Copin

Au Lampang River Lodge, on a le sentiment d'être au milieu de la jungle.

C’est la fin du mois de mars au nord de la Thaïlande. Dans cette partie du pays, on croise plus souvent le chemin de ce volatile exubérant que des touristes. Contrairement à Bangkok ou aux îles du sud, les provinces du nord sont préservées du tourisme de masse. C’est d’ailleurs dans cette région que les Thaïlandais aiment prendre leurs vacances. Pour ma part, je viens y chercher de l’authenticité. Durant mon séjour, j’ai traversé les provinces de Nan, de Phrae et de Chiang Rai. Voici six endroits qui méritent le détour.

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Marie-Adèle Copin
Lampang: Retraite de méditation

Des temples, il y en a partout et certains comme le temple blanc de Chiang Rai sont bourrés de touristes. Pour vivre une expérience hors des sentiers battus, il faut aller au Wat Chalermprakiat. Beaucoup moins clinquant et bien plus difficile d’accès, il est réservé à celles et ceux qui considèrent que tout se mérite dans la vie. Ce temple se situe en haut d’une montagne, à 800 mètres d’altitude. On peut y aller à pied mais aussi, et c’est beaucoup plus fun, faire une partie du chemin à l’arrière d’un 4x4, style voiture de safari.

Dire que la route est vallonnée est un euphémisme. Je me suis accrochée fermement pour ne pas me faire éjecter de la voiture. Le conducteur se croit dans V-Rally. Il fonce et donne l’impression de prendre de l’élan à chaque descente, au cas où son 4x4 n’arriverait pas en haut de la montée suivante.

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Marie-Adèle Copin

Dix minutes plus tard et un décollement de racines en prime, me voilà au pied de la montagne. C’est là que ça se complique. Fin mars, il fait 37 degrés et chacun de mes pas fait naître des gouttes de sueur sur des parties de mon corps où je n’aurais jamais cru transpirer. Arrivée en haut, les vingt minutes d’ascension valent le coup. La vue est magnifique. L’endroit est calme et respire la sérénité. Il y a une petite brise, ce qui n’est pas du luxe. J’aurais pu y rester toute la journée. Dans ce temple perché au bord de la falaise et construit pour commémorer le roi Rama IV, on peut faire des retraites silencieuses de deux jours, dormir sur place et méditer.

Phrae: Atelier d’indigo
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Barbara Demont

Dans ces jarres, la pâte servant à teindre le tissu.

Le tie and dye est l’une des tendances stars de la saison. Des podiums à la rue, en une saison, cet imprimé a conquis les filles en vogue. J’ai visité un atelier dans lequel on peut faire des workshops en créant son propre vêtement tie and dye. Particularité: il n’y a qu’une couleur, le bleu indigo, produit à partir de la plante Mo Hom qu’on trouve un peu partout en Asie. Le colorant naturel ressemble à une purée. Mais le secret de fabrication reste bien gardé, comme une recette de cuisine familiale.

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Barbara Demont

L'une des femmes qui m'a aidé à confectionné le joli foulard qui se trouve derrière elle.

Autour d’une table entourée d’arbres qui jouent formidablement bien leur rôle de parasols, je m’atèle à la teinture d’un foulard pour les cheveux. Il s’agit de faire des nœuds avec des élastiques et de tremper le tissu dans la teinture bleu avant de le laisser sécher. Guidée par quatre femmes habillées de la tête aux pieds dans ce tissu traditionnel thaïlandais, c’est un moment amusant et plein de féminité qui me rappelle mes camps d’été durant lesquels je teignais des T-shirts de la même façon. Pendant que mon petit bout de tissu sèche, je ne résiste pas à l’appel de la boutique où des jolies créations sont en vente. J’ai craqué pour une robe et une chemise. Le café attenant est également charmant. Il a, je dois dire, un petit côté hipster avec ses tables en bois, son ice coffee et sa serveuse, hyper lookée.

Banmatjai Homemade & Cafe

Nan: Un village féerique
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Marie-Adèle Copin

Les rizières qui entourent ce village sont sèches à cette période de l’année mais ça n’enlève rien à son charme enchanteur. Il est construit en bambous. Des maisons aux balançoires pour enfants en passant par le sol, tout est fait de ce matériau. Il doit y avoir une dizaine d’habitants, pas plus. Autour des bâtisses, des bosquets de fleurs bien entretenus, et même un improbable café à ciel ouvert. Je prends un thé glacé très rafraîchissant et j’en profite pour m’installer sur la balançoire qui fait face aux rizières. C’est vraiment tout petit et si charmant. Il n’y a que quelques visiteurs venus de la province de Phrae, plus intéressés à faire des photos avec moi, Européenne, que du paysage.

Café Hugna Thailue

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Marie-Adèle Copin
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Barbara Demont
Nan: Le night market
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Marie-Adèle Copin

Il n’y a pas beaucoup de desserts en Thaïlande. La plupart du temps, au restaurant, il n’y a que des fruits frais et du sticky rice. Heureusement, il existe les night markets où les marchands ont la main lourde sur le sucre et le gras. Même s’il y a des plats étranges comme des têtes de canard, des insectes frits ou des œufs sur des brochettes, c’est dans les marchés de nuit que j’ai le mieux mangé durant mon séjour en Thaïlande. Ils sont impeccablement propres sans jamais être stériles. Les locaux aussi aiment dîner dehors. Les rues sont bondées. Les plats coûtent environ 2 francs.

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Marie-Adèle Copin

A Nan, il n’y a pas un touriste. Du coup, je me fais alpaguer par tous les commerçants. Je m’arrête à un stand de crêpes. J’avoue, ce n’est pas très risqué. Mais je veux sortir de ma zone de confort alors je demande une crêpe revisitée à la thaï, implicitement «Surprenez-moi!». Celle qui tient le stand acquiesce avec un air malicieux et fait couler la pâte sur sa plaque puis y met de la vanille et sort d’un sachet son ingrédient mystère. Elle me tend la crêpe pliée dans un carton avec un grand sourire. Je goûte. C’est super bon! Mais c’est quoi? «Sucre de canne, vanille et porc», me dit-elle. «Quoi?» Attendez, je ne suis pas sûre d’avoir compris. Elle confirme: «Du porc, oui, oui, c’est du porc». En effet, ce qui ressemble à de la barbe-à-papa légèrement fatiguée et jaune, est en fait du porc séché sucré. C’est une belle surprise et c’est délicieux. La tonne de sucre y est sûrement pour quelque chose.

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Barbara Demont

Pendant la soirée, je goûterai également des beignets, des lamelles de noix de coco dans du lait de coco pilé, ainsi qu'une autre crêpe à la banane cuite dans une énorme noisette d’huile de palme solidifiée (proche de la margarine). A la fin de la cuisson, la crêpe est pliée et découpée en petits carrés que l’on mange avec un cure-dents en se baladant dans la rue.

Chiang Rai: Elephant Valley Sanctuary
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Marie-Adèle Copin

Quand on va en Thaïlande, on veut voir des éléphants car l’animal fait partie de la culture du pays. Autrefois, les familles royales les utilisaient pour se déplacer. Mais aujourd’hui, l’industrie du tourisme dans le pays exploite en masse quelque 3000 pachydermes. Un rapport réalisé par une ONG en 2017 met en garde contre les conditions «inacceptables» dans lesquels vivent souvent ces animaux.

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Barbara Demont

A Chiang Rai, il y a un sanctuaire un peu particulier. Il a vu le jour en 2016 et il offre une seconde chance aux éléphants qui ont été exploités dans la culture du teck, pour balader des tourismes ou dans des spectacles. Ici, on ne monte pas les éléphants comme des chevaux. Dans cette réserve de 20 hectares, cinq éléphants sont actuellement en rééducation, le but étant de les remettre dans la nature. En tant que visiteur, on ne les approche pas, on ne les touche pas.

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Dans ce sanctuaire, on touche les éléphants avec les yeux.

En pénétrant dans le sanctuaire, je vois qu’un mahout (le maître de l’éléphant) est assis sur l’un d’entre eux. Je demande à la guide: «Je croyais que vous étiez contre le fait de monter sur un éléphant?» «Celui-ci a été exploité pendant des années dans un cirque. Il a toujours eu quelqu’un sur lui. C’est comme un enfant à qui on a toujours tenu la main et puis tout à coup, on la lâche. Il ne va pas comprendre. On y va progressivement pour qu’il se déshabitue.» Je reste une bonne heure dans le sanctuaire à observer mon éléphant préféré, Lou. Il a appartenu à une Suissesse qui, ne pouvant ramener l’animal dans sa valise en terre helvétique, l’a donc vendu au centre.

Le Triangle d'or en direction de Chiang Sean
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Marie-Adèle Copin

Le nord de la Thaïlande propose une cuisine relativement douce car elle combine les influences birmanes, chinoises et indiennes.

Je me dirige désormais vers le Triangle d’or où coule le Mekong. Trois pays s’y frôlent: la Thaïlande, bien sûr, la Birmanie et le Laos. Le Triangle d'or, c'est aussi celui de la drogue. La moitié de l'opium consommé dans le monde vient de cette région où des hectares de champs de pavot y sont cultivés.

Sur le chemin, je m’arrête pour manger une dernière fois la délicieuse cuisine du nord de la Thaïlande. Je ne me lasserai jamais de ses Gaeng Hang Lay, un délicieux plat fait à partir de morceaux de porc mijotés dans du curry, de leur saucisse au porc épicée, grillée et assaisonnée avec de la coriandre, du gingembre et du citron vert.

Je bois une Singha, la Cardinal de la Thaïlande. On dit «Cha-yo!» pour dire «Santé!» en thaïlandais, ce qui signifie également «bonheur». C’est avec ce mot que se termine le discours annuel du roi actuel Rama IX à la télévision. Un roi dont le portrait photoshopé est placardé dans tous les villages que j’ai traversé.

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Marie-Adèle Copin

Beaucoup de Thaïlandais portent des masques à cause du smog. Le mien, je l'ai acheté juste pour le style. Je n'arriverais pas à respirer avec.

Après le lunch, j'embarque sur un petit bateau qui me conduit à Don Sao, une île du Laos qu’on peut visiter sans visa. Il y a quinze ans, on y trouvait un marché local. A présent, cette région a été reprise par les Chinois qui ne vendent que des produits contrefaits. D’ailleurs, il n’y a que des Chinois, friands de faux sacs Gucci, de fausses cigarettes Marlboro, de fausses Rolex. Même l'air qu'on y respire a l'air contrefait. C’est surprenant (mais pas forcément charmant) de voir qu’on vend du faux Tiger Balm et qu'on peut manger dans un faux KFC qui, si on ne s'y connaît pas comme moi, peut passer pour un vrai.

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