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Seo Young

«Nos seins sont bien plus qu'une partie du corps accrochée à nos pectoraux»

par Gina Buhl

27 SEPTEMBRE 2019

Témoignage

Découvrir qu’on a une boule dans un sein peut bouleverser le rapport à son corps. Notre rédactrice Gina Buhl a traversé ce tourbillon et en a tiré une expérience positive. Elle raconte comment elle a vécu ce moment de sa vie.

J’ai découvert la boule dans mon sein droit par une nuit de canicule. Vingt-neuf degrés au thermomètre de la vieille pharmacie. Mon ami et moi étions allés au cinéma et nous étions rentrés sans nous presser. Du lit, je l’écoutais qui méditait sur le film en se brossant les dents dans la salle de bain. Perdue dans mes pensées, j’ai passé l’index sur mon décolleté. Près de l’aisselle droite, j’ai suspendu mon geste. Quelque chose était différent du reste. Plus dur. J’ai touché encore. C’est là que je l’ai sentie: une boule.

Elle était bosselée, ferme sous les doigts. Pas exactement inoffensive. J’ai appelé mon copain. À voix basse, puis de plus en plus fort. Ses tentatives pour me rassurer glissaient sur moi. Nous n’avons pas fermé l’œil de la nuit.

Je n’ai retouché la boule que deux fois. Je n’ai pas osé y revenir davantage. J’étais paniquée. Cela n’a probablement pas échappé à l’assistante du cabinet de la gynécologue que j’ai appelée le lendemain matin. Elle m’a proposé de venir immédiatement.

Une gifle retentissante

C’est la première fois que je viens chez la gynécologue assise devant moi. Lorsque je lui parle de ma découverte, elle a un geste de dénégation et marmonne je ne sais quoi au sujet de ganglions gonflés. Puis elle commence à me palper. Je me sens mal. Parce que c’est douloureux quand elle touche l’endroit et que sa mine s’assombrit tandis qu’elle s’attarde une éternité dessus. «C’est cela dont vous parliez?» demande-t-elle. J’acquiesce d’un signe de tête.

Sans mot dire, elle étale un gel glacé sur mon sein. Elle rapproche l’échographe, toujours sans commentaire. Quand elle parle enfin, je suis à deux doigts de la crise de nerfs. «Très vraisemblablement une tumeur bénigne. Mais je n’en suis pas sûre, c’est pourquoi je vais vous envoyer au Centre du sein. Ce sont des experts.» Sa phrase me frappe de plein fouet. Une tumeur.

Je passe les jours qui précèdent le rendez-vous accrochée à mon Natel: pour entendre ma mère faire le point sur ses recherches. Pour rendre compte de la découverte à mes amies. J’apprends en outre que trois femmes de mon entourage ont elles aussi des tumeurs à un sein.

Gina Buhl

Rédactrice chez Friday

L’appareil que la gynécologue va chercher sur une étagère n’a pas grand-chose de spectaculaire jusqu’à ce qu’elle y fixe une aiguille longue de 10 centimètres.

Au Centre du sein, cinq femmes sont assises dans la salle d’attente. Je suis venue sans personne pour me soutenir, mais je ne me sens pas seule. Au contraire: notre petite bande est liée par quelque chose et cela m’aide d’y penser. Quand on vient m’appeler, mon regard croise celui d’une dame d’un certain âge. Elle me fait un signe de la tête en souriant.

L’épreuve de la biopsie

La doctoresse découvre trois masses. L’une d’elles, qui mesure près d’un centimètre, attire un peu plus l’attention. Elle touche du doigt l’écran de l’échographe: «Ça pourrait être un fibroadénome.» Le ton de sa voix m’incite à croire que ce n’est pas bien méchant. «J’aimerais faire une biopsie pour en être sûre», dit-elle. Moi: «Qu’est-ce que ça veut dire?» Elle: «Je voudrais effectuer un prélèvement de tissu pour m’assurer que c’est bénin.» Je hoche la tête.

L’appareil qu’elle va chercher sur une étagère n’a pas grand-chose de spectaculaire jusqu’à ce qu’elle y fixe une aiguille longue de 10 centimètres. Mon cœur bat la chamade à l’idée que cette chose est sur le point de se planter dans mon sein. Je me cramponne au fauteuil en m’efforçant de respirer calmement. Puis elle compte: «Trois, deux, un...» Clac! «Comme quand je m’étais fait percer les oreilles», me dis-je. «Bon, il m’a échappé. Il faut recommencer.» La deuxième fois non plus: l’intrus, de la taille d’un M&M’s, ne se laisse pas harponner. Au troisième essai, c’est enfin fini. Je sors en titubant de la clinique et j’appelle ma mère en pleurant.

Les fibroadénomes sont des tumeurs bénignes composées essentiellement de tissus conjonctif et glandulaire. Ils apparaissent généralement chez les femmes âgées de 15 à 35 ans et sont moins fréquents chez celles qui prennent la pilule.

Un grand soulagement

Le matin suivant, mon téléphone sonne. Je suis sur les nerfs, la doctoresse ne devait m’appeler que la semaine suivante pour le résultat. «Comme je m’y attendais, c’est un fibroadénome, madame Buhl. Tout va bien.» Elle explique que je dois revenir dans trois mois pour un contrôle. J’ai l’impression de peser 10 kilos de moins.

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Seo Young

Depuis que je sais qu’il y a trois boules dans mes seins, ils sont plus douloureux avant mes règles. Cela semble normal, d’après ce que je lis. Et pourtant ça me dérange, car ça me rappelle sans cesse que je me promène avec des corps étrangers dans ma poitrine.

Et si mon corps, en fabriquant ces petites boules, voulait me dire quelque chose? Et si j’avais eu tort de toujours tenir la santé de mes seins pour acquise? À vrai dire, je ne m’en étais encore jamais vraiment préoccupée. Pas étonnant qu’ils aient voulu me faire passer un message.

Pour être de nouveau en paix avec ma poitrine, je vais me faire enlever les indésirables.Trois mois plus tard, je me rends à pied à mon rendez-vous. La doctoresse m’explique l’intervention (qui, dans mon cas, n’est pas nécessaire: simple procédure cosmétique) et fait entrer le chirurgien responsable. Après m’avoir lui aussi palpée, il sourit: «Si vous voulez les faire retirer, je suis là pour vous.» Une belle phrase. Pourtant, sitôt sortie de la clinique, je me rends compte que je n’en ai finalement pas envie. Le fait que la décision m’appartienne me procure un apaisement infini. J’ai repris le contrôle.

Ils méritent notre attention

J’ai subi mon dernier examen périodique il y a huit jours. Ces contrôles font désormais partie de ma vie, et c’est bien comme ça. Et comme toutes les femmes qui se préoccupent de la santé de leurs seins, j’ai compris combien il était important de se soucier d’eux. Car ils sont bien plus qu’une partie du corps accrochée à nos pectoraux. Ils méritent que nous leur accordions notre attention. Que nous les palpions pour déceler de possibles anomalies. Et c’est ce que je continuerai à faire.

Découvre les gestes de l'autopalpation en vidéo ici.

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