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Nos seins, aimons-les!

par Marie-Adèle Copin

5 AVRIL 2020

Life

Dans son nouvel ouvrage «Seins. En quête d’une libération», la philosophe française Camille Froidevaux-Metterie s’interroge sur nos poitrines, à la fois objet de fantasme et d’injonctions. Elle propose des extraits sur son compte Twitter, en attendant que les libraires rouvrent.

Camille Froidevaux-Metterie a passé un an à enquêter sur les femmes et leurs seins. À les photographier aussi. Au total, 42 filles et femmes de 5 à 72 ans qui évoquent la naissance de leur poitrine, le port du soutien-gorge, la séduction, le plaisir sexuel, l’allaitement et le poids des normes esthétiques.

Ces portraits intimistes sont à retrouver dans un livre: «Seins. En quête d’une libération», paru le 5 mars (dont la version numérique est disponible ici).

Dans une interview accordée à «Madame Figaro», publiée en mars dernier, la philosophe féministe française raconte comment un épisode de sa vie de mère l’a poussée à explorer cette question: «Il y a un an et demi, je suis allée avec ma fille de 12 ans lui acheter son premier soutien-gorge. Je pensais vivre un moment de joyeuse complicité entre une mère et sa fille, or le seul modèle que l’on nous a proposé était rembourré(...), soit ni plus ni moins que la version miniature du modèle que je croyais réservé aux femmes. J’ai alors découvert que le message que l’on envoyait à une jeune fille à la poitrine naissante était que ses seins n’étaient déjà pas assez gros, pas assez ronds, pas assez fermes. Ils étaient en quelque sorte insuffisants, imparfaits, décevants. J’ai pris conscience ce jour-là de l’ampleur de ce formatage qui en dit long sur la nécessité de rendre les seins suffisamment visibles (...)»

L’auteure a voulu montrer que dans notre société occidentale, les seins doivent répondre à une norme esthétique universelle et ne doivent pas changer à travers les âges de la vie. Son livre décline la singularité des seins. Confinement oblige, elle a décidé d'en faire la promo sur son compte Twitter. Depuis le 26 mars, elle publie des extraits.

Parmi les 42 personnes qu’elle a interrogées et photographiées, il y a Ophélie, 15 ans: «Sur les réseaux, y’a des garçons qui demandent aux filles de voir leurs seins. Et quand elles veulent pas, y’en a qui simplement disent «salut, merci quand même», mais y’en a d’autres qui insultent, qui traitent de pute et tout.»

Cet organe exclusivement féminin, n’est pas seulement sexuel, il est aussi maternel. Alva, 29 ans a été photographiée enceinte: «Je voyais ces actrices sur Instagram en train d’allaiter pendant qu’elles se faisaient maquiller et qui montraient cette image de mères ultra multi-tâches, ultra performantes, ultra belles et tout, et ça me révoltait…»

Les extraits mettent également en évidence le fait que celles qui ont de gros seins subissent le regard et les mots des autres, voire la violence, comme ça a été le cas pour Charlotte, 33 ans: «J’avais 16 ans et y’a un homme qui s’est jeté sur moi, ses mains sur mes seins, en disant «Oh quel bonheur!» À l’époque j’ai été flattée, je l’ai vu comme une reconnaissance masculine de ma féminité, c’est terrible quand même.»

On lit également la honte dans certains témoignages. «J’ai réalisé très tôt que, de par ma morphologie, j’induisais une érotique de la femme pulpeuse… et même avant mes règles… les hommes me regardaient dans la rue. Et tout ça, parce que j’avais des gros seins!»

La philosophe conclut ceci: «Si l’on permettait aux femmes de vivre plus librement leurs seins, de les aimer comme ils sont, on faciliterait cet autre grand défi de leur vie qu’est le vieillissement. J’ai voulu avec ce livre rendre visible et acceptable socialement la diversité, la normalité des seins de tous les âges, pour en finir avec cette injonction à une beauté pubère inatteignable»

Seins
Éd. Anamosa
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