STILL-LEAD
Rankin/The Full Service

«Sans les femmes, le monde n’existerait pas!»

par Valentina San Martin

8 MARS 2019

Life

À l’occasion de la Journée internationale des femmes, Friday a rencontré Waris Dirie. Cet ancien mannequin milite contre les mutilations génitales. Elle présente une collaboration entre sa fondation et la marque de lingerie britannique Coco de Mer.

Aujourd'hui, à 54 ans, celle qui avait délaissé le mannequinat renoue avec le monde de la mode. La griffe de sous-vêtements Coco de Mer a fait poser Waris Dirie pour présenter sa nouvelle collection. Mais ce n'est pas tout. La marque et la Somalienne lancent également une campagne de sensibilisation contre l'excision. «Lorsque Coco de Mer m'a contactée et proposé une collaboration, j'ai simplement répondu que j'y réfléchirais. Je me suis regardée en face et j'étais sûre que ça ne le ferait pas. Finalement, je me suis dit: «Tu n'as qu'une vie, Waris. Fais-le, merde!»

Dans le cadre cette collaboration, dont les images ont été dévoilées hier, Waris figure dans un court métrage, réalisé par le photographe britannique Rankin (voir la vidéo ci-dessous). Le clip réitère la déclaration de guerre aux mutilations sexuelles et invite à signer une pétition sur le site de la Desert Flower Foundation, fondée par le mannequin. À travers cette initiative, Waris espère récolter 10 millions de signatures d'ici à la fin de l'année 2019. Celles-ci seront présentées au secrétaire général des Nations Unies. «La mission est d’éradiquer les mutilations génitales et d’informer les personnes qui ne connaissent rien à ce sujet. Le monde doit reconnaître que ce n’est pas acceptable. Il faut y mettre un terme.»

Son propos épouse les thèses du mouvement Body Positive. «Ce n’est pas parce qu’on se bat pour les droits des femmes qu’on ne peut pas assumer sa sensualité. Je n’ai pas honte de mon corps. J'en fais usage comme je veux. Personne n'a le droit de me dire quoi faire avec». Et c'est là où le rapprochement entre engagement féministe et érotisme prend tout son sens. Il s’agit avant tout de liberté et de réappropriation de son corps. «Les femmes doivent reprendre le pouvoir. Nous représentons la moitié de l’humanité, nous donnons la vie. Sans les femmes, le monde n’existerait pas!», déclare-t-elle le menton levé.

Les femmes sont les premières touchées par ces violences, mais, d'après Waris, tout le monde doit s’engager. Raison pour laquelle trois hommes apparaissent à ses côtés dans le court métrage. «Deux d’entre eux sont mes fils», dit-elle fièrement. Peu importe son sexe, son âge et ses origines: tout un chacun peut contribuer au changement.

«L’excision est partout! Et la clé pour l’éradiquer, c’est d’en parler, de se renseigner, de s’instruire. Autant ici, qu’ailleurs. L’éducation, voilà ce qu’il faut pour changer les choses!», explique Waris Dirie d’un ton assuré. Car la douleur physique et psychologique de la mutilation géniale, elle ne la connaît que trop bien. À 5 ans, elle est excisée. À 13, elle refuse un mariage forcé, fuit son pays d’origine, la Somalie, et se réfugie en Grande-Bretagne. À 22, elle débute dans le mannequinat. À 32, elle est au top de sa carrière. Chanel, Revlon, Kenzo... Elle travaille avec les plus grands de la mode. L'histoire de l'exilée venue d'Afrique fait rêver la planète.

Et puis, un jour, elle dit stop. Fini, les shootings et autres défilés. Elle crée la Desert Flower Foundation pour sensibiliser l'opinion sur les violences faites aux femmes, plus précisément sur les mutilations génitales. «C'était ça, ma vocation depuis le départ. Des millions de femmes et d'enfants sont torturées, chaque jour. Je sais ce que c'est. Il fallait que je donne une voix et un visage à ce combat. Je ne regrette pas d'avoir quitté les podiums», raconte-elle. Dès lors, elle se consacre exclusivement à son combat. Elle écrit même sa biographie en 1998, «Fleur du désert: du désert de Somalie à l'univers des top models», qui est adaptée au cinéma dix ans plus tard. Dans le film, c'est le mannequin éthiopien Liya Kebede qui joue le rôle de Waris Dirie.

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Getty Images

Liya Kebede (à g.) et Soraya Omar (à dr.) entourent Waris Dirie à la première de «Fleur du désert» à Berlin en 2009

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