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Quand je cours, les mecs me miment une fellation

par Marie-Adèle Copin

17 MAI 2018

Life

Les femmes sont constamment confrontées au harcèlement de rue. Notre collègue Marie-Adèle, amatrice de course à pied, en fait l’amère expérience toutes les semaines.

«Je crois que j'vais finir par acheter un tapis de course, histoire de ne plus me faire emmerder». L’autre jour, c’est exaspérée que je suis rentrée de ma session de jogging. J’ai raconté à mon copain à quel point le harcèlement ordinaire pourrissait mon moment de détente. Ce jour-là, vers 19h, j’ai terminé mon parcours en passant par le parc Lagrange, à Genève. Je me suis installée au milieu d’un carré d’herbe complètement vide, et j’ai entamé 3 minutes de gainage. Alors que j’étais en train de souffrir en position planche, je vois un mec un peu plus loin à vélo. Il s’arrête et il commence à filmer dans ma direction. Naïve, je me dis d’abord que c’est un touriste qui s’émerveille devant la nature luxuriante. Mais je vois bien que son téléphone est braqué sur moi. Je me relève et je me dirige vers lui. Au même moment, une autre fille passe devant lui en courant. Le mec, sans-gêne, change de cadrage et se met à zoomer sur ses fesses tout en se marrant avec ses potes qui l’ont maintenant rejoint à vélo.


Le harcèlement de rue, nous y avons toutes droit. Mais quand on fait du sport, qu’on sort pour s’aérer l’esprit et qu’il faut supporter les remarques lourdes, les sifflements et agissements de certains mecs, juste parce qu’on porte un yoga pants, c’est d’autant plus pénible. En 2016, le magazine américain «Runner’s World»relève que 43% des femmes se disent victimes de harcèlement durant leurs séances de footing.

Sifflements et autres réjouissances

Je suis choquée par ce qui m’est arrivé, même si ces dernières années, j’ai subi des trucs bien pires pendant mes sessions de course. Un jour, deux mecs dans une camionnette ont klaxonné en passant devant moi. Celui à côté du chauffeur a mimé une fellation en me regardant. La difficulté quand on fait du sport en plein air, c’est que très souvent, nos harceleurs sont en voiture. À part leur faire un bras d’honneur (ce que j’ai fait au gars de la camionnette), on est un peu désarmées.

Une autre fois, un type m’a demandé son chemin. Lui aussi courait. Sauf qu’il portrait un cycliste super moulant et j’ai vu qu’il avait la trique. Pas de doute, il savait très bien où il allait. Sans compter les traditionnels sifflements, les «chica!», ou les «mademoiselle!» que toute joggeuse connaît bien.

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Il m’arrive même de changer mon itinéraire quand je reviens dans mon quartier, pour éviter de passer devant un bar où une brochette d’hommes d’un certain âge pose un regard très insistant sur mon popotin. Certains diront que je ne devrais pas m’en plaindre mais j’en suis arrivée à faire plus attention à mes tenues, tellement ces situations me mettent mal à l’aise.


Je suis surprise de réaliser à quel point, malgré toutes ces anecdotes, j’ai encore de la peine à réagir. Ce mec dans le parc, j’aurais clairement pu lui ôter son téléphone des mains, lui demander d’effacer la vidéo, le filmer en retour, mais rien. Toutes ces idées me sont arrivées après-coup. J'étais trop abasourdie pour réagir. Mais c'est une erreur. Il faut dénoncer ces comportements inacceptables,oser réagir, pour que nous, les femmes, nous ne soyons pas contraintes de courir sur un tapis roulant dans une salle de fitness.

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