Pervers
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Le pervers narcissique n'existe pas

par Emmanuel Coissy

17 JUIN 2018

Health

Le psychanalyste français Marcel Sanguet ne croit pas à la fable de ce personnage maléfique qui alimente l'imaginaire collectif. Il étaye sa thèse dans un livre qu'Emmanuel te recommande.

L'autre jour, une de mes amies s'est fait jeter. Salement. Elle s'est confiée à moi, en pleurs, et pour caractériser celui par qui sa douleur est arrivée, elle a même utilisé l'appellation «pervers narcissique». Evidemment, à ce moment-là, je n'ai pas voulu en rajouter une couche en lui opposant qu'il s'agissait d'une fadaise.


Est-ce l’homme qui engendre l’époque ou l’époque qui façonne l’homme? Je me pose la question quand apparaissent ces tics de langage, ces expressions toutes faites reprises par tout le monde, médias compris, puis qui disparaissent pour mieux céder la place à d’autres. Il en va ainsi pour le mythe du pervers narcissique. Un concept à l'emporte-pièce. J’écris le mythe parce que c’est mon opinion et celle du psychanalyste Marcel Sanguet, qui a publié en 2016 «Le pervers n'est pas celui qu'on croit» (Ed. Eyrolles).

Le bouc émissaire idéal

Quid, alors, de ce salaud? Cet archétype a-t-il vraiment été façonné par notre imagination? Sa duplicité et sa capacité à rabaisser autrui en le manipulant sont-elles un hallucination collective? Notre époque a «inventé la catégorie morale du pervers pour la rendre responsable de nos maux», répond l'intellectuel français.


Marcel Sanguet nous éclaire aussi sur les raisons qui nous ont poussé à concevoir une telle chimère: «La notion de pervers, revisitée pour satisfaire à l'actuel mythe de la réalisation personnelle, qui suppose que tout est possible pourvu qu'on se donne les moyens d'y parvenir, permet de se dédouaner de nos médiocrités intimes: si la réussite n'est pas à la clef, la faute en incombe à ses pervers». Ce cas rappelle celui de l'hystérique, construction du début du XXe siècle qui, en réalité trahissait le refoulement des désirs sexuels d'une époque corsetée.


En gros, le pervers narcissique est un personnage imaginaire, une création de notre mauvaise foi face à l’échec. Bien sûr, il existe des salauds, mais sans doute pas autant qu’on le croit. D’ailleurs, il est amusant de constater que le méchant manipulateur, le collègue toxique, la marâtre, le coupable, c’est toujours l’autre. Jamais soi-même.


Alors apprenons à nous regarder dans un miroir au lieu de chasser des sorcières! #autocritique

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