Pablo Mira Aksel Creas
Aksel Creas

Pablo Mira, l’homme pressé

par Eva Grau

30 NOVEMBRE 2019

Montreux Comedy Festival

Non, il n'est pas que le pourfendeur de la haine ordinaire 2.0. Chroniqueur dans l'émission «Quotidien», co-fondateur du site parodique Le Gorafi, comédien et surtout blagueur invétéré, Pablo Mira ne tient pas en place. Le trublion fera escale le 5 décembre sur la Riviera vaudoise. Portrait.

Sa page Wikipédia commence par un message d’alerte: «Le résumé introductif est trop court. En l’état, il ne respecte pas les recommandations.» De fait, voici comment l’encyclopédie virtuelle fait les présentations: «Pablo Mira, né le 24 octobre 1985, est un humoriste français.» Laconique. Et réducteur, surtout, pour ce trublion qui est à la fois chroniqueur télé et radio, comédien, co-fondateur du site parodique LeGorafi et ancien journaliste. Pour ne parler que du chapitre «Expérience professionnelle» de son CV.

Alors, comment résumer qui est Pablo Mira? «Oh, là, c’est compliqué!, lâche le principal intéressé. Il va falloir compiler sur quatre phrases une vie de chaos, de blagues et de névroses!» Commençons donc par la base. «J’adore les blagues, confie-t-il. C’est vraiment le plus fondamental. J’ai même réussi à transformer ça en profession, ce qui est une forme d’escroquerie. C’est mon truc préféré. Après, il y a le pesto, l’argent et le flamenco.»

L’humoriste me reçoit sur les quais de Seine, dans les locaux parisiens de Bangumi, maison de production à laquelle on doit notamment l’émission «Quotidien», diffusée sur TMC. Pablo Mira participe au talk-show de Yann Barthès les mardis et vendredis. Il y présente «La vraie parole des Français vrais» ainsi que «La revue de presse des haters», des chroniques qui épinglent les tweets et commentaires les plus bêtes et méchants glânés sur le Net.

Une fois par semaine, il prend aussi place aux côtés de la journaliste belge Charline Vanhoenacker – qui le surnomme «mon petit ange trapu» – à la table de «Par Jupiter!», sur France Inter. Les studios de la chaîne de radio se trouvent juste à côté de chez Bangumi. «Je leur ai dit: “Les gars, construisez une passerelle, un peu en descente, comme ça on n’a plus qu’à rouler!”», ironise Pablo Mira. Ça lui ferait gagner du temps. Or, du temps, cet homme pressé n’en a pas beaucoup.

«Il est super réactif donc parfait»

L’humoriste a accepté l’interview au débotté. Son attachée de presse, avait prévenu: «Il est super réactif donc parfait.» Par SMS, il a toutefois annoncé la couleur: «J’aurai 20-25 minutes tout pile!» Il faut dire qu’entre la télé, la radio et son one-man show «Pablo Mira dit des choses contre de l’argent», il court partout. «Lundi, je travaille chez moi, mardi je suis chez Bangumi, mercredi je bosse sur France Inter et sur “Quotidien”, jeudi je suis de nouveau chez Bangumi, vendredi et samedi je suis en tournée. Et dimanche, j’essaie de prendre un bain!»

Pour pouvoir tenir le rythme, il s’est adjoint deux co-auteurs. «Ils travaillent avec moi sur chaque chronique, cherchent les commentaires sur internet et m’aident à écrire les vannes qui font la petite histoire, raconte-t-il. Si je faisais ça tout seul, ça prendrait un temps fou.» Pourquoi avoir choisi deux hommes? «L’interprétation machiste de la chose serait de dire que les femmes ne sont pas drôles, ce qui est complètement irrationnel!» L’humoriste a bien réfléchi à la question. Il en fera d’ailleurs le sujet de sa chronique dans «Par Jupiter!» le lendemain même de notre rencontre (ci-dessous). Mais n’en dit rien.

«La réalité, c’est que les canaux qui forment au travail de l’humour sont très masculins, explique-t-il. C’est structuré comme ça socialement. Les nanas qui essaient de s’intégrer dans ce circuit soit s’épuisent parce que c’est pénible, soit y arrivent en adoptant un humour très masculin.» Pour lui, donc, «trouver une femme qui sait écrire de la comédie tout en gardant un point de vue et des valeurs féminines, c’est hyper dur.»

Durs aussi, tous les commentaires qui nourrissent ses chroniques de la haine ordinaire 2.0. «Ce qui m’intéresse, c’est de trouver des gens qui ont une pulsion de nuire à quelqu’un tellement folle et excessive que ça en devient ridicule. Sur internet, des messages vraiment haineux ou simplement agressifs, il n’y a que ça. Mais ce n’est pas drôle à lire, c’est juste anxiogène.»

«J’ai moins la hargne qu’avant»

Sans compter qu’il est lui-même la cible de critiques, dont il n’hésite pas, d’ailleurs, à se moquer à l’antenne. «Ce n’est pas plaisant quand on tombe sur quelqu’un qui ne vous aime pas. Surtout si la personne a des arguments irrationnels, c’est un peu pénible.» Lui qui tire à vue sur les haters, qui a-t-il dans sa ligne de mire? Il hésite longuement. «Je trouve que j’ai moins la hargne qu’avant. Je déteste de moins en moins de choses. Ça m’énerve. Il faut que je fasse attention, je me ramollis.»

«Non, en vrai, je n’ai pas de haine, poursuit l’humoriste. Même quand j’ai parfois de la rancœur, du ressentiment, c’est chassé assez vite, mine de rien.» Sitôt cette phrase prononcée, il retrouve sa gouaille, comme s’il voulait effacer au plus vite le ton sérieux auquel il vient de se laisser aller. «Je ne suis pas sûr que ce soit un bon signe pour ma créativité. Je pense qu’il faut que je déteste à nouveau. Des gens. Ou alors des animaux. Des écureuils, par exemple, ou des dauphins!», lâche-t-il. Et il éclate de rire.

Pablo Mira cultive l’humour de l’excès. Il en a même fait la marque de fabrique du Gorafi (ndlr: anagramme du Figaro), média parodique qu’il a co-fondé en 2012 et dont il a été le directeur général jusqu’au début de cet automne. Il a dû se résoudre à passer la main, car il avait trop de casquettes à endosser en même temps. «Mon cerveau commençait à se transformer en tarama, dit-il. Je ne pouvais plus être les mains dans le cambouis, j’ai délégué l’éditorial petit à petit, puis j’ai fini par ne plus pouvoir gérer les dossiers. Par contre, je reste au au Gorafi en tant qu’associé.»

Il n’allait pas lâcher son bébé comme ça. Pas après avoir réussi, en partant de rien, à imposer le site comme une référence. Qui ne s’est jamais exclamé, en tombant sur un fait divers particulièrement incroyable, «On dirait Le Gorafi!»? «C’est entré dans le langage courant et ça, c’est flatteur, admet Pablo Mira. Ça a pris très vite. Mais si on est réaliste et nuancé, on doit reconnaître que la majorité des gens en France et surtout dans le monde ne connaissent pas Le Gorafi. Ça s’est installé dans un cercle précis, en passant surtout par Facebook et Twitter.»

Succès d’estime peut-être, mais qui a malgré tout fait des émules. Ces dernières années, d’autres sites similaires ont emboîté le pas au Gorafi, comme Nordpresse, en fonctionnant sur le même postulat: la crédulité de l’être humain est un puits sans fond. Certains faits divers sortis de l’imagination de Pablo Mira, comme ce papier titré «Toulouse: il se prend 46 balles dans le corps après avoir demandé un pain au chocolat», ont d’ailleurs parfois été pris au sérieux. «On ne contrôle rien. Les gens croient à ce à quoi ils ont envie de croire», s’étonne leur auteur.

De journaliste radio à enquêteur télé

L’histoire d’amour entre Pablo Mira et les médias ne date pas du Gorafi. Après avoir passé son bac, il a été formé au journalisme radio. Puis il a passé une licence en sciences politiques et a enchaîné avec un master en philosophie, mais s’est arrêté après la première année. «Ça me faisait chier, se souvient-il. Ensuite, j’ai vécu de piges radio. Au début, je faisais des flashs info, puis j’ai bossé comme enquêteur à la télé: je vérifiais les infos données dans des documentaires.» Il reconnaît que cette expérience l’aide sans doute encore aujourd’hui «pour la construction du propos, de l’argumentaire».

Son téléphone portable se met à sonner, rappelant que les 25 minutes qui m’étaient imparties sont bientôt écoulées. On a à peine eu le temps d’évoquer sa passion pour le flamenco, qui l’a pris au retour d’un stage d’impro aux États-Unis. «Là-bas, les humoristes ont toujours deux ou trois compétences annexes, raconte-t-il. Alors à mon retour en France, j’ai décidé de me mettre à la danse. Je ne suis pas très acrobatique et pas très fort sur le sens du rythme, mais l’énergie que j’aime déployer me rapproche du flamenco. J’ai accroché dès le premier cours.»

Son enfant imaginaire

Vu ses nom et prénom, on aurait envie de croire qu’il avait ça dans le sang. «J’ai des origines espagnoles du côté de mon père, mais mes racines ne sont pas du tout andalouses. Ma famille paternelle vient du sud d’Alicante, sur la côte est. Ce n’est pas là que la culture flamenca est la plus forte.» Né à Paris, l’humoriste a grandi dans les Hauts-de-Seine, à l’ouest de la capitale. À la maison, la culture hispanique n’était pas prévalente, même si, dit-il, «on parlait un peu l’espagnol quand j’étais tout petit». «Je m’y suis remis au collège. Mais je ne suis pas du tout bilingue.»

L’heure tourne et Pablo Mira a manifestement du mal à tenir en place. Mais s’il est clairement déjà en retard, il ne se départ pas de sa bonne humeur pour autant. Il me raccompagne aux ascenseurs, s’excusant d’être aussi pris par le temps. «Je dois aller chercher un de mes enfants imaginaires. Il s’appelle Léo», lâche-t-il en plaisantant. Une dernière blague pour la route. On ne se refait pas.

En tournée avec son one-man show «Pablo Mira dit des choses contre de l’argent». Infos et billets sur www.pablomira.com

Pablo Mira sera l’un des invités du gala «So Chic!», le 5 décembre au Montreux Comedy Festival. Billetterie sur www.montreuxcomedy.com

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