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«Meghan Markle utilise la mode pour défendre de nobles causes»

par Emmanuel Coissy

21 JUIN 2019

Fashion

Pippa Small est la créatrice de bijoux préférée de la duchesse de Sussex. La Londonienne était de passage à Genève où Emmanuel l’a rencontrée.

«Good morning, Pippa!» La femme plantée devant moi me serre la main aimablement en se demandant quel est cet inconnu qui l’accoste dans une rue de la vieille ville de Genève. Je la croise devant une arcade alors qu'elle profite du soleil. Il est 9h30, on est mardi. Nous avons rendez-vous Pippa Small et moi pour un tête-à-tête chez Jill Wolf, une bijouterie – ou plutôt un boudoir – où la Britannique, âgée de 50 ans, vend ses pièces en exclusivité en Suisse.

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Les bijoux de Pippa Small chez Jill Wolf à Genève.

Ses «talismans», comme elle le dit, sont réalisés par des artisans du monde entier. Sa démarche s’inscrit dans le développement durable et le commerce équitable. Le design est épuré, avec une touche ethnique. De l’or, des pierres fines quasi à l’état naturel… Tous ces aspects ont séduit Meghan Markle qui est devenue sa cliente la plus célèbre. La duchesse de Sussex porte très régulièrement ses créations.

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Amandine Alessandra

Pippa Small vit et travaille à Londres quand elle ne sillonne pas le monde.

Il y a tellement de labels sur le marché de la bijouterie. En quoi le vôtre se distingue-t-il?

Cela tient sans doute à mon parcours. Je n’ai pas étudié le design ni la gemmologie. À l’origine, je suis anthropologue et j’ai travaillé dans les droits humains. Je me suis intéressée aux communautés, que ce soit celles des forêts pluviales de Bornéo, d’Inde ou des réfugiés en Thaïlande. Il y a là-bas de nombreux artisans qualifiés qui n’ont pas accès à un marché désormais globalisé.

Dans quelles régions du monde se trouvent les artisans avec lesquels vous travaillez?

Partout! Il y a vingt ans, j’ai commencé à travailler avec des Bochimans au Botswana dont les gestes découlent d’une tradition ancestrale. Aller à leur rencontre, écouter leur histoire, voir les lieux où ils vivent, tout cela concourt à créer des bijoux qui ne sont pas juste des accessoires. Par la suite, j’ai étendu mes collaborations avec l’Inde, le Panama, l’Egypte, la Jordanie, la Birmanie, la Bolivie et l’Afghanistan.

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Pippa Small

Ce sont pour la plupart des pays très pauvres…

Oui. Je me souviens, par exemple, des habitants d’un bidonville de Nairobi (ndlr: capitale du Kenya) où des milliers de personnes vivent parmi les ordures, les collectent et les recyclent pour réaliser des bijoux incroyables. Ceux-ci se retrouvent ensuite dans une boutique de luxe sur Bond Street à Londres. C’est justement ce que je cherche: créer un lien entre la cliente et l’artisane.

Dans ces boutiques, les prix sont élevés. Comment garantir des salaires équitables aux artisans?

Je me bats pour le commerce équitable. Je veille à ce que les artisans soient payés au tarif qu’ils demandent pour leur travail et selon la valeur des matériaux qu’ils utilisent. Il faut que ce soit un très bon salaire, adapté au lieu où ils vivent. C’est d’autant plus important quand on a affaire à des populations vulnérables telles que les Bochimans, qui ont une mentalité et un rapport à l’existence totalement différents des nôtres.

C’est-à-dire?

Ils ne cherchent pas à s’enrichir, chassent, s’occupent des bêtes, se déplacent. Pour eux, 100 dollars ou un cent, cela revient au même. Par conséquent, il a fallu beaucoup discuter avec eux pour connaître les heures de travail et établir un prix. La difficulté a consisté à trouver un équilibre entre leurs attentes, la réalité et la nécessité du développement durable.

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En octobre dernier, Meghan portait des boucles d'oreilles et des bracelets Pippa Small fabriqués en Afghanistan.

Quelles sont les matières avec lesquelles vous ne travaillez pas pour des raisons éthiques?

Il y en a quelques-unes. Je n’utilise pas le jade de Birmanie, parce que les conditions d’extraction sont épouvantables. Là-bas, la situation n’est pas claire non plus concernant le rubis. Idem pour le diamant dans certains pays. Et l’ivoire, bien sûr.

Meghan Markle est votre cliente la plus célèbre. Comment a-t-elle découvert vos créations?

En 2006, je travaillais dans l’humanitaire pour le développement de l’artisanat et de l’art en Afghanistan. Le pays était en guerre. Cette action avait été soutenue par le prince Charles. Récemment, nous avons écrit à la duchesse de Sussex pour lui expliquer ce que nous faisions. Elle a répondu à cette lettre et acheté des boucles d’oreilles d’Afghanistan. Cela avait sans doute une rapport avec le soutien de son beau-père. Pour nous, c’était fantastique parce que les Afghans ont vraiment besoin de travailler. L’impact sur les ventes a été immédiat.

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AFP

Clous d'oreilles en or fabriqués en Afghanistan.

J’imagine qu’elle ne fait pas son shopping elle-même. Comment achète-t-elle ses bijoux?

En fait, elle a une styliste qui choisit des pièces et qui les lui présente. Après coup, on découvre dans la presse comment elle les porte et on est toujours ébloui. Mais l’aspect le plus fascinant, c’est qu’elle utilise la mode pour défendre de nobles causes. Je pense, par exemple, à un jean qu’elle a porté et qui avait été fabriqué par des jeunes femmes au Cambodge.

Si Buckingham Palace vous commandait une couronne, vous accepteriez?

Oh oui! (Elle rit.)

Et à quoi ressemblerait-elle?

Je placerais des éléments du monde entier. L’objet raconterait d’innombrables histoires. Ce serait un beau symbole et un magnifique hommage au talent des artisans.

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Pippa Small

Le top model Adwoa Aboah parée par Pippa Small.

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