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Maman, j’ai peur de l’avion!

par Eva Grau

7 JUIN 2018

Health

Les jeunes femmes, particulièrement touchées par la phobie de l’avion, sont plus nombreuses que les hommes à se faire soigner. Une experte et une ancienne angoissée des airs en témoignent.

Les symptômes sont toujours les mêmes. Sueurs froides, sensation d’étouffement, boule au ventre. Sans oublier les cauchemars durant les semaines qui précèdent le départ. Ce scénario t’es familier? Bienvenue au club des phobiques de l’avion.


Récemment, le site américain Bustle notait dans une longue enquête que l'aérodromophobie (nom scientifique de la peur de l’avion) semble largement étendue parmi les jeunes femmes. Une hypothèse qui se confirme de ce côté-ci de l’Atlantique.

Age charnière

«40% des femmes qui participent à mon stage appartiennent à la catégorie des 18-35 ans», confirme Fabienne Regard, organisatrice du stage «Voler sans peur» en collaboration avec Genève Aéroport et Swiss. Dans cette tranche d’âge, on veut faire carrière, profiter de la vie, faire des études ou un stage à l’étranger. C’est donc à ce moment-là que la peur de l’avion est la plus pénalisante.»


L'accessibilité de ce moyen de transport, liée à la densification du réseau aérien et à une baisse des prix radicale, accentue davantage l'ostracisation des aérodromophobes. «L’avion s’est démocratisé depuis une quinzaine d’années, explique Fabienne Regard. Or, la jeune génération l’a toujours connu comme un moyen de transport bon marché. Elle est donc beaucoup plus mobile que les précédentes. Quelqu’un de jeune qui ne part jamais en week-end est vu comme un has-been. Ce n’est pas du tout valorisant.»

Pénalisées socialement

Pénalisées  socialement, les jeunes aérodromophobes sont nombreuses à vouloir guérir de leur peur. Peut-être aussi parce que cette anxiété est nettement plus forte chez elles que chez les hommes, comme le révèle une enquête (2012) du Centre de traitement de la peur de l’avion, qui organise des stages de désensibilisation à Lausanne sur simulateur de vol. 


«Au fond, ce qui est en jeu, dans la peur de l’avion, c’est la perte de contrôle, poursuit Fabienne Regard. Si l’on a un poste à responsabilité, qu’on a l’habitude de tout diriger, ce n’est pas évident de se retrouver dans un avion où l’on ne maîtrise rien et où l’on est à la merci de deux pilotes qu’on n’a jamais vus. Les hommes ont plus tendance à cacher leur peur. Ils ont aussi plus de réticences à se mettre à poil car le stage implique de participer à une thérapie de groupe.»

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Pourtant, l’effet peut se révéler miraculeux. Comme pour Marie Crettaz, de Pully (VD), qui a suivi le stage à 23 ans pour surmonter la terreur que lui inspirait l’avion et l’empêchait de se rendre au Brésil pour y rencontrer sa mère biologique. «Ce week-end a tout changé, confie la jeune graphiste web designer, cinq ans plus tard. Depuis, je voyage souvent car je n’ai plus ce frein qui m’empêche de partir. C’est une ouverture au monde.»


Les principales concernées ne sont pas les seules à tirer avantage de cette libération. La peur de l’avion coûte en effet très cher aux employeurs des millennials. En 2015, une étude des Français Xavier Tytelman et Nicolas Bouzou, respectivement expert en aéronautique et économiste, évaluait à 10 millions le nombre de déplacements professionnels annulés chaque année dans le monde par peur de l’avion et à 220 milliards d’euros (250 milliards de francs suisses) le manque à gagner pour les entreprises lié à ces annulations.

Mieux: en se volatilisant, la peur de l’avion fait aussi disparaître d’autres craintes. Fabienne Regard parle de «jeu de domino». Marie Crettaz confirme: «J’avais peur des deux-roues car j’ai eu un accident de vélomoteur étant jeune. Depuis le stage, je refais du vélo. Je vais même m’acheter un scooter.»

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