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Unsplash Ayo Ogunseinde

Aux oubliées, l’association qui nous invite à envoyer des livres aux femmes en prison

par Margaux Habert

12 JANVIER 2020

Life

L'association, née en Espagne en 2018, récolte des livres pour les détenues. Forte de son succès, l'initiative a été reprise en France il y a un mois et prévoit de s’étendre à la Suisse prochainement.

«Quel livre offririez-vous à une femme en prison?». C’est la question posée par Aux oubliées (dans sa langue d'origine «A las olvidadas»), une association qui se veut féministe, culturel, poétique et solidaire. L’idée est d’abord venue d’Espagne, en 2018, où María Rufilanchas, une publicitaire qui ne savait pas quoi faire de ses nombreux livres, a décidé de les offrir à des détenues d’une prison de Madrid.

L’Espagnole, aussi à l’origine de l’association Teta & Teta qui promeut la culture féministe par la créativité, a reçu en quatre semaines plus de 800 livres. En quelques mois, plusieurs milliers de livres remplis de petits mots ont été récoltés.

En France, l’initiative a été reprise au début décembre par trois femmes. Depuis le lancement, elles ont déjà reçu de nombreux livres, nous explique Karine Vincent, l’une des trois Françaises. «En moins d’un mois et malgré la pause des Fêtes, nous avons récolté environ 500 livres», se réjouit-elle. «Les gens se sentent concernés, on reçoit plus d’une dizaine d’ouvrages par jour».

Le but est d’offrir une parenthèse littéraire aux femmes emprisonnées, mais pas uniquement: «Il ne s’agit pas juste d’envoyer un livre mais aussi d’écrire un petit mot sur la page de garde», expliquent-elles sur le site auxoubliees.org. «Les messages sur la première page du livre sont l’âme de l’initiative».

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«Les femmes sont les oubliées des prisons…»

«En France, les détenus n’ont pas grand-chose pour s’occuper et c’est pire encore pour les femmes, explique Karine Vincent, c’est pour cette raison que notre initiative se concentre sur elles». Elle rappelle que l’Hexagone ne compte qu’une prison pour femmes, à Rennes, et que les autres détenues sont placées dans des quartiers de femmes dans des établissements «mixtes».

«Ces prisons ne sont pas pensées pour les femmes, qui sont détenues dans des zones où l’accès aux différents services est plus difficile. Les femmes sont ainsi encore davantage précarisées durant leur incarcération», détaillent les Françaises sur leur site. «D’où l’importance de l’initiative, qui permet de mettre en lumière l’existence de ces oubliées». Et de rappeler le pouvoir des livres: «Ils sont comme un baume pour l’âme».

La première distribution française aura lieu le 9 mars prochain à la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis. L’établissement, situé à une trentaine de kilomètres de Paris, est l’un des plus grands centres pénitentiaires d’Europe. D’autres campagnes de récoltes et des distributions dans d'autres prisons auront lieu ensuite. «Nous accueillons donc vos livres toute l’année», signale le site.

Il y est précisé que tous les ouvrages sont acceptés, qu’il s’agisse de fiction, d’histoire, de biographie, pour autant qu’un petit mot ait été écrit pour une détenue à l’intérieur.

Bientôt en Suisse romande

Les trois femmes espèrent développer l'initiative en dehors des frontières françaises. «Nous aimerions créer un réseau à travers toute l’Europe», explique Laure Gomez Montoya, qui fait elle aussi partie de l'association en France. Notamment en Suisse romande, où des contacts ont d’ores et déjà été pris avec Kyra Dupont, une journaliste et écrivaine genevoise. «C’est très récent», confirme-t-elle. «Mais c’est une belle idée qui mérite de voir le jour chez nous aussi.»

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