I Stock-847470344-Copie
iStock

«Les vulves et les clitoris sont invisibles»

par Eva Grau

3 AVRIL 2019

Interview

Célébrer les organes sexuels féminins et faire réfléchir sur leur représentation dans la société: c’est l’objectif de la journée «Vulves en tous genres», qui se tiendra dimanche 7 avril à Lausanne. Valérie Vuille, présidente de l’association organisatrice, explique pourquoi cette mise en lumière est nécessaire.

«Vulves en tous genres», c’est quoi?

Il s’agit d’une journée festive pour célébrer les vulves et les clitoris, dans toute leur diversité, et, dans le prolongement, questionner collectivement les normes qui entourent les sexualités. Cette journée sera l'occasion de participer à des ateliers animés par des professionnelles et des militantes associatives. Il y a aura aussi une table ronde, des stands d’information, des expos et, pour finir, un spectacle burlesque. Les vulves et les clitoris sont invisibles. Or, cette invisibilité est un symptôme de l'invisibilité globale de la diversité des sexualités.

Cette journée ne s’adresse donc pas aux hommes hétéros?

Les hommes cisgenre (ndlr: le terme «cisgenre» désigne le fait de se reconnaître dans le genre qui a été à la naissance) ne font pas partie du public-cible de cette journée, car leur sexualité est déjà largement abordée par ailleurs. Ils risquent donc de ne pas se sentir concernés. Avec cette journée, nous voulons créer un espace d’échanges pour les personnes concernées. D'expérience, nous savons que la teneur et la dynamique des discussions sont différentes en présence d'hommes cisgenre. Pour beaucoup de participantes, il est plus difficile de s'ouvrir et d'aborder ces questions dans un cadre mixte.

Pendant des décennies, la sexualité féminine a été taboue. Or, depuis quelques années, cette question est de plus en plus abordée publiquement. Comment expliquez-vous ce changement?

Le clitoris a été étudié puis oublié et aujourd’hui, de nouveaux travaux, explorant notamment sa forme, l’ont remis sur le devant de la scène culturelle et scientifique. On remarque qu’il y a de plus en plus de démarches culturelles pour donner de la visibilité à cet organe. À mon avis, cela s'inscrit dans les mouvements féministes de réappropriation du corps et de connaissance de soi. Aujourd'hui, on assiste à une émulation globale. Beaucoup de collectifs, d’associations soutiennent ces diverses revendications féministes autour du corps et des sexualités, et leurs efforts portent leurs fruits.

DécadréE, qui organise cette journée, est-elle une association féministe?

Oui. Nous avons pour objectif d’arriver à plus d’égalité en travaillant sur les représentations du corps et des organes sexuels, mais aussi en menant d’autres projets sur les violences sexuelles ou sur le langage inclusif. Par exemple, en collaboration avec le Centre de formation des journalistes et des médias de Lausanne, nous organisons un cours sur le traitement des violences sexistes destiné aux rédactions. Quand on parle de viol, l’image qui nous vient est celle d’une femme correspondant aux canons de beauté en vigueur, peu habillée, alcoolisée, qui sort seule dans la rue et se défend férocement contre l’agresseur qui est un inconnu pour elle, pervers et violent. Ce mythe influence le vocabulaire employé pour décrire ces agressions sexistes dans les médias. Or, dans la réalité, les hommes violents des femmes de leur entourage, qu'ils connaissent. Elles sont souvent prises dans des rapports de pouvoir ou figées par la peur, ce qui les empêche de se défendre. Cela soulève beaucoup de questions autour du consentement. Notre formation cherche à déconstruire les mécanismes inconscients qui mènent parfois les médias à minimiser le viol.

Longtemps, les féministes ont été accusées de détester les hommes, de ne pas s’épiler, de ne pas être féminines... Vous avez le sentiment qu’aujourd’hui, féministe, ce n’est plus un gros mot?

Le terme «féministe» suscite encore des jugements et fait débat, mais le féminisme semble néanmoins de plus en plus prégnant. Beaucoup d'éléments dans l'actualité montrent qu’il y a un vrai problème. Être féministe, c'est lutter pour l'égalité, contre les discriminations et les violences, contre le système patriarcal qui les produits et pour toutes les personnes qui ne s’y retrouvent pas! Il n'y a d'ailleurs pas un mais des féminismes; c’est une pensée beaucoup plus large et des courants de pensées très riches, qui vont bien au-delà de la caricature de la femme qui déteste les hommes et refuse les injonctions de beauté. Personnellement, je ne me reconnais pas du tout dans la caricature de la féministe que vous venez de faire! (Rires.)

Féminité et féminisme ne sont donc pas incompatibles?

Pas du tout. Il n'y a a pas une mais plusieurs façons d'être «féminine» ou de ne pas vouloir l'être. Il n'y a pas non plus une seule façon d'être féministe. Le féminisme s’oppose à la société patriarcale et aux injonctions que ce système produit, pas aux hommes ni à la féminité. Mais la définition même d’un système, c’est qu’il est complexe. On ne peut pas le changer du tout au tout du jour au lendemain. Mais on peut déconstruire les normes de la société, tout en respectant la manière dont chacun a de les vivre, dans la mesure où cela ne porte préjudice à personne.

«Vulves en tous genres», dimanche 7 avril, Espace Pôle Sud, avenue Jean-Jacques Mercier 3, Lausanne, 9h30-20h, prix libre. Programme complet sur decadree.com

On te suggère aussi...
As-tu aimé cet article?
  • :(
  • J'adore! no Data :(
  • Hahaha! no Data :(
  • Wouah! no Data :(
  • Triste no Data :(
  • En colère no Data :(
  • J'adore!
  • Hahaha!
  • Wouah!
  • Triste
  • En colère