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Tom Huber

«Le marché du vêtement est saturé»

par Marie Hettich

8 AVRIL 2019

Life

Pendant huit ans, Tanja Stöcklin a travaillé pour un géant de la fast fashion. Elle a désormais un nouveau job: styliste spécialisée dans le développement durable. Elle nous raconte ce revirement.

Quand as-tu fait du shopping pour la dernière fois?

En juin, j’ai acheté deux robes en lin chez Mango. Ensuite, j’ai eu mauvaise conscience.

Pourquoi?

Parce que je n’avais pas besoin de nouveaux habits d’été. Je trouve dommage que les vêtements soient devenus jetables et que nous ne prenions plus en considération les matières utilisées ni l’énergie fournie pour leur confection. Même si l’on fait don de nos vieilles affaires, seule une infime partie est récupérée: le marché du vêtement est complètement saturé.

Peut-on réellement être une fashionista sans faire de shopping régulièrement et sans renouveler souvent sa garde-robe?

Tout à fait. Personnellement, j’aime la variété et je continue d’acheter des vêtements, mais seulement d’occasion ou quelques articles basiques dont la production s’inscrit dans le développement durable. De plus, je fais des échanges avec mes sœurs et mes amies. On peut faire tellement de choses avec les vêtements qu’on a déjà...

Par exemple?

Essayer de nouvelles combinaisons, porter une ceinture sur un blazer ou couper l’ourlet d’un jean. Pour ça, un certain sens de la mode est nécessaire. Et ce n’est pas le cas de tout le monde. Peut-être, mais ce n’est pas une nécessité. On trouve de jolies pièces partout, même dans les boutiques de seconde main. Notamment des créations des saisons récentes.

Quand as-tu décidé de changer ta manière de consommer?

J’ai passé huit ans chez Zara, l’incarnation de la fast fashion alors que la durabilité a toujours été importante pour moi. Je ne mange pas de viande, je fais mes courses avec un sac en tissu, etc. Un jour, j’ai eu une conversation avec quelqu’un qui m’a expliqué que mon mode de vie et mon travail étaient assez contradictoires. Jusque là, j’avais toujours fait la part des choses. Bien sûr, cette personne n’avait pas tout à fait tort. Dès lors, ma vision a changé.

Comment?

Un conflit intérieur faisait rage en moi.

Ton comportement a-t-il aussi changé à ce moment-là?

Quand un client hésitait, j’aurais aimé pouvoir lui dire: «Ne la prenez pas!» Au lieu de ça, j’étais obligée de le pousser à acheter. Autrement, quand je bossais, comme je devais revêtir un «uniforme de travail», à savoir des pièces actuelles, j’en portais certaines issues des collections précédentes. Comme il y a tellement de choix chez Zara, tout le monde n’y a vu que du feu. (Elle rit.)

Portes-tu toujours tes vieux vêtements Zara?

Oui, et je lave tous mes anciens vêtements synthétiques dans des sacs spéciaux qui filtrent le microplastique. Lorsque j’ai créé ma propre entreprise, il était clair qu’en tant que styliste qui vise le développement durable, je ne pouvais pas me présenter avec des pièces fast fashion, je n’aurais pas été crédible. En même temps, tout jeter aurait été contraire à mon éthique.

Comment te différencies-tu des autres stylistes?

Je me concentre sur ce que la personne qui m’engage a déjà à la maison. Par exemple, je recommande toujours à ma cliente de se pencher sur ce qu’elle a déjà. On fait ensuite le tri entre ce qu’on aime et ce qu’on ne porte plus. Ensuite, je commence par réfléchir à la manière de combiner certaines pièces et je regarde si des retouches ne seraient pas une option.

Donc tu n’achètes rien de nouveau pour ta cliente?

Ça dépend. Par exemple, si elle a cinq ou six choses qui vont bien avec une veste en jean, nous définissons ensemble s’il la lui faut ou non. Souvent, je regarde d’abord si j’ai quelque chose d’adéquat dans ma propre boutique de seconde main. Sinon je pars à la chasse de la pièce parfaite dans les friperies. Ça doit prendre du temps. Oui, mais nous avons un besoin urgent d’une nouvelle façon de consommer! Je pense que beaucoup de gens n’ont ni le temps ni l’envie de faire les magasins pendant des heures, dans des espaces parfois oppressants.

La Suisse est-elle un bon lieu de travail pour ta spécialité?

Bien sûr. À Londres, Milan ou Paris, il existe d’innombrables boutiques vintage très cool depuis des lustres. On pourrait ajouter la Suisse à la liste. Mais il y a de plus en plus de grands labels et de magasins suisses engagés dans le développement durable. Ici, nous pouvons nous le permettre. Dans une certaine mesure, c’est un privilège de pouvoir se préoccuper de cette question; il y a des pays qui ont bien d’autres problèmes.

Les adresses préférées de Tanja

Le Café des Patronnes

C'est la parfaite combinaison entre une friperie et un café. Les pièces vont du vintage pointu au chemisier Zara. La déco de la boutique est superbe: je piquerais bien les chaises pour les ramener chez moi. Et puis, le gâteau au chocolat est un délice.

Rue du Valentin 43, Lausanne

Le 13

On y trouve des vêtements et une excellente sélection d'accessoires: des bijoux insolites. Comme des boucles d'oreilles pour lesquelles je vide mon porte-monnaie à tous les coups.

Rue des Rois 13, Genève

Kilo Boutique

Ici, on trouve des pépites bon marché. La boutique est envahie de fringue seconde main qui sont facturées au poids et non à l'unité. Je ne conseille pas cette adresse à une débutante: il faut avoir l'œil pour dénicher les trouvailles.

Rue de la Borde 55, Lausanne

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