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Emmanuel Coissy

L’apéro en ligne devient la règle contre la pandémie

par Emmanuel Coissy

17 MARS 2020

Société

Dès aujourd'hui, tous les bars, les restaurants et les boîtes de Suisse sont fermés. Anticipant cette situation, notre journaliste Emmanuel organise des afterworks (confinés) avec ses amis sur FaceTime et WhatsApp.

Gin tonic myrtilles romarin. Peu après 17 heures, hier soir, je buvais une gorgée rafraîchissante en regardant le Conseil fédéral déclarer la situation extraordinaire pour endiguer la prolifération du coronavirus. Sidérés, certains de mes proches m'envoyaient la photo d’un verre de vin devant l'écran où tour à tour apparaissaient nos ministres pour parler de la crise sanitaire. N’y tenant plus, j’ai appelé deux collègues pour faire un lundredi online, c'est-à-dire un apéro en ligne.

À la rédaction de Friday à Lausanne, cette agape est bien davantage qu’une habitude. C’est une communion quelle que soit la situation. Désormais l'heure est grave mais nous n'avons aucune intention de nous laisser abattre. Comme nous télétravaillons depuis vendredi dernier, confinés à l'instar d'un grand nombre de nos concitoyens, il me semblait indispensable de perpétuer cette tradition même si nous étions séparés.

Problèmes techniques
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Emmanuel Coissy

Vu la situation, l’apéro en ligne est en passe de devenir la règle pour qui veut entretenir sa vie sociale, ces prochains temps. Alors à quoi ça ressemble? D'abord, c’est galère parce que se pose la question de la plate-forme adéquate.

Exemple: hier, j’ai joint sur FaceTime ma collègue Barbara à Morges (VD) sans réussir à ajouter Marie-Adèle, à Genève, pour une réunion triangulaire. C'est marrant, l'app se vante de pouvoir 32 intervenants simultanément. Allô, Mark Zuckerberg, si tu me lis: en temps de crise (ou de guerre, dixit Emmanuel Macron), on n’a pas le temps de réfléchir au fonctionnement d’une messagerie!

Dieu merci, Barbara a eu la bonne idée de nous connecter sur WhatsApp qui a été d’une efficacité redoutable. Nous avons papoté de choses futiles et évoqué des questions professionnelles puis achevé cet afterwork parce que j’en avais un second sur le feu.

Triangulaire prospère
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Emmanuel Coissy

Même confinés à la maison, les membres de la rédaction de Friday gardent le moral.

«Il fait si beau, ces jours. En temps normal, on se roulerait dans l’herbe. On ferait des grillades. On parlerait de nos projets, de nos histoires de cul», dis-je en vidéoconférence WhatsApp à mes amis Alessia, à Genève, et Bastien, à Martigny (VS) que j'ai appelé après mes collègues. «Oui, mais c’est beaucoup plus drôle ainsi», relève goguenarde la Genevoise qui savoure cette période exotique parce qu’exceptionnelle.

Chacun boit son verre chez soi face à son smartphone. «Au moins, on ne se demande pas qui payera la tournée», dit l'un de nous. Autre constat implacable: tout le monde est enlaidi par l’interface. Qu’à cela ne tienne, la cordialité n’est pas entamée. On dit des bêtises. Chacun joue avec son thermomètre dans la bouche. On est potache, on se moque les uns des autres, on évoque la solitude inhérente au célibat, sentiment désormais décuplé: «Pas de sexdates, ces prochaines semaines!»

Comme si on était au bistrot, on étrille les «égoïstes», les «inconscients», les «pas-concernés» et les «provocateurs du dimanche» qui ce jour-là s’agglutinent encore dans les lieux publics. On méprise les touristes low-cost qui atterrissent à Cointrin après un week-end nolife à Amsterdam.

Réaménager son intérieur
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Emmanuel Coissy

Confinés, nous parlons aussi décoration. C’est bien normal: nous redécouvrons de jour un habitat dans lequel nous dormions uniquement. Après tout, si nous sommes astreints au repli pour une période indéterminée peut-être faudrait-il que nous aménagions notre intérieur. Aménager notre intérieur… Le double sens de cette expression revêt à ce moment-là une dimension plus grave.

Et là, avant même que nous sombrions dans une joute philosophique, nous entendons par la fenêtre des applaudissements provenant de la rue. Il est 21h. Comme la veille à cette heure-là, les Romands solidaires témoignent soutien et admiration à tous ceux qui, en première ligne, se battent pour endiguer la pandémie et sauver des vies. Nous applaudissons.

L'heure du dîner approche. «Du souper!», dit le Valaisan. Nous nous embrassons virtuellement. Nous éteignons nos écrans. J’ai rarement été aussi heureux de boire un gin tonic seul chez moi.

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