Anxiété
Anna Tea

«La peur de la peur, c’est ça le problème»

par Marie Hettich

4 MAI 2018

Health

Beaucoup de gens souffrent de troubles anxieux. Friday a rencontré une experte qui nous explique tout sur cette maladie.

Certaines célébrités ont choisi de briser le silence. Lena Dunham, en 2014, était l’une des rares à parler de son anxiété. Selena Gomez et Zayn Malik ont dû annuler des concerts car ils ont eu des crises de panique. Et l’année passée Kendall Jenner a avoué qu’elle avait des insomnies à cause de ses angoisses.


Les troubles anxieux ne concernent pas uniquement les stars. Selon Pro Infirmis, environ 800 000 personnes en Suisse en souffrent. Par rapport aux hommes, les femmes ont deux fois plus de risque d’être atteintes. Les millénials sont le plus sujets à la maladie. Peut-on vraiment la considérer comme un problème générationnel? Comment savoir si ce que l’on ressent est juste dû au stress ou si c’est d’ordre pathologique? Pour quelle raison les femmes sont-elles plus touchées que les mecs? La doctoresse Annette Brühl*, de la Clinique psychiatrique universitaire de Zurich, a répondu à nos questions.

De quoi les personnes atteintes d’un trouble anxieux ont-elles vraiment peur?

Souvent, ça commence par la peur de quelque chose de très concret, comme les araignées. Ensuite, on angoisse rien qu’à l’idée d’en croiser une. En fait, le problème, c’est la peur de la peur. Aussi commence-t-on à éviter les endroits où cette dernière pourrait se manifester. Dans le cas de l’araignée, ce serait la cave.


Pourquoi a-t-elle autant d’ampleur dans la tête de quelqu’un? 

Chez les personnes atteintes de troubles anxieux, la perception de la réalité est déformée. Tout devient plus gros, plus effrayant, plus puissant, en somme. Les gens qui ont le vertige, par exemple, estiment que le vide est beaucoup plus grand qu’il ne l’est en réalité.


Comment faire la différence entre le stress et une pathologie? 

Si les stratégies d’évitement et les restrictions prennent trop de place dans la vie quotidienne, on peut commencer à se poser des questions. Si je ne me sens pas très à l’aise en pleine foule dans une grande gare, c’est plutôt commun. Si je prends du temps supplémentaire à la maison et au travail pour éviter cette situation, ou que je fais tout pour éviter ce lieu, c’est un problème.


A votre avis, y a-t-il une génération particulièrement sujette à la maladie? 

Je préfère être prudente concernant ce genre d’affirmation. Mais la pression pour sortir du lot et la peur de l’échec sont nettement plus prononcées chez les jeunes de nos jours que par le passé.


Les réseaux sociaux peuvent-ils également déclencher un trouble anxieux? 

Une étude récente a révélé que les personnes qui passent beaucoup de temps sur les réseaux sociaux ont plus de risques de développer une dépression ou des troubles anxieux.


Pourquoi les femmes sont-elles plus souvent touchées?

La question n’a pas encore été résolue. Elles sont peut-être plus vulnérables. Ou alors simplement plus visibles, car elles ont moins peur de demander de l’aide. Les hommes préfèrent serrer les dents et prendre sur eux. Certains tentent de fuir en buvant. Ils se font finalement aider pour des problème d’addiction plutôt que pour des troubles anxieux.


Pourquoi suppose-t-on que les femmes sont plus vulnérables?

Les hormones ont une certaine influence sur l’activité mentale des femmes. On peut le constater à travers les sautes d’humeur lors du cycle menstruel, par exemple. Cependant, les femmes ne sont pas plus émotives de nature. Le contraire a d’ailleurs été prouvé. Le cerveau des hommes est parfois plus sensible aux différents déclencheurs émotionnels.


Quel rôle joue l’éducation dans la peur? 

Les garçons ont plus souvent tendance à réprimer leurs peurs dès le plus jeune âge, notamment à cause de partis pris comme: un petit garçon doit être courageux, il ne doit pas pleurer, etc. On est plus indulgents avec les filles de ce côté-là. Pour beaucoup, c’est normal pour une petite fille d’avoir peur.


Peut-on avoir une prédisposition aux troubles anxieux? 

Absolument. On peut le voir chez les enfant de 3 ou 4 ans. Certains sont plutôt extravertis et d’autres très timides, voire craintifs. C’est donc clairement inné.


*La doctoresse Annette Brühl dirige le Centre dépressions, troubles anxieux et psychothérapie de la Clinique psychiatrique universitaire de Zurich.


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