Afro portrait
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Discriminer une Noire à cause de ses cheveux: un crime puni en Californie

par Margaux Habert

3 JUILLET 2019

Société

La Californie va promulguer une loi contre les actes racistes sur le lieu de travail et à l'école. Elle protégera tout Noir discriminé en raison de sa coiffure si elle est liée à son origine ethnique.

«Ils lui ont dit de ne pas revenir.» C’est ce que rapporte l'avocat de la famille de Faith Fennedy, élève noire, âgée de 11 ans, renvoyée, en larmes, d'une école catholique près de la Nouvelle-Orléans. Selon la direction de cet établissement privé, les tresses de l'adolescente violaient son règlement. Les parents de Faith ont porté plainte, mais ils ont été débouté par la justice. Ce fait divers ne date pas du temps de la ségrégation raciale: il s'est déroulé en 2018.

Les histoires comme celle de Faith sont courantes aux États-Unis, en particulier dans le monde du travail. Voilà pourquoi la sénatrice californienne Holly Mitchell veut faire cesser cette forme de racisme. La Démocrate afro-américaine est à l'origine du projet de loi actuellement à l'étude dans son État: «faire ce que l'on veut de ses cheveux est une question fondamentale de dignité et de droits personnels», dit-elle au «New York Times».

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En 2018, un fait divers bouleversait les USA: Faith Fennedy a été renvoyée d'une école privée à cause de ses tresses.

La politicienne rappelle l'histoire du racisme anti-Noirs aux États-Unis et le rôle qu'il a joué dans la définition des normes de beauté. Aux USA, ces dernières sont dites «européennes», c'est-à-dire calquées sur le modèle blanc. Pendant des décennies, les Noires étaient contraintes d’utiliser des produits parfois dangereux pour lisser leurs cheveux. Ils pouvaient les abîmer de façon définitive, causer leur chute ou brûler le cuir chevelu.

La loi CROWN (Create a Respectful and Open Workplace for Natural Hair) veut en finir avec ces standards qui excluent les coupes des Afro-américains. Le texte l'affirme: «Le monde professionnel est étroitement lié aux caractéristiques européennes, ce qui implique que ceux qui ne souscrivent pas à ces normes doivent modifier leur apparence, parfois de manière radicale et permanente, afin d'être considérés comme des employés compétents».

Pour mémoire, certaines de ces coiffures sont chargées d'histoire. Comme le souligne Noliwe Rooks, professeure d'études africaines qui explore le genre et l’ethnie à l’Université de Cornell dans l'État de New York, «porter une coupe afro dans les années 1960 était souvent considéré comme un choix politique plutôt qu'esthétique».

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Les leaders du Black Panther Party en 1969 à Oakland en Californie. La coupe afro est un symbole politique.

La Californie inspire les autres États

La Californie est donc en passe de devenir le premier État américain à légiférer sur cette forme sournoise de discrimination raciale. La loi mentionnera la texture des cheveux (crépus) et le type de coiffures, appelées «protective hairstyles», soit les tresses, les dreadlocks, les twists et autres bantu knots. Jeudi dernier, l’Assemblée d’Etat de Californie a adopté le texte de la sénatrice afro-américaine à l’unanimité. Sa ratification est désormais imminente: il ne manque plus que la signature du gouverneur Démocrate Gavin Newsom.

Le New Jersey et l’État de New York examinent des projets analogues. De son côté, la Mairie de New York a pris les devants et modifié sa loi en février dernier: cette forme discrimination y est illégale. L'amende peut s’élever jusqu'à 250'000 dollars, sans compter les dommages-intérêts.

Le soutien de Dove, marque de soins corporels

La sénatrice Holly Mitchell a présenté son projet de loi avec le soutien d'un groupe appelé CROWN Coalition. Elle comprend notamment la National Urban League, qui milite pour les droits civiques, Color of Change, qui lutte pour renforcer la voix politique des Afro-américains et... la marque Dove!

Vu d'Europe, une telle intervention peut étonner même si la puissance des lobbys est connue. Ici, Dove semble agir sur le plan marketing pour flatter une communauté et donc des consommatrices. Sur le même principe, le label, propriété du groupe Unilever, s'illustre dans le Body Positive depuis 2004.

Dove a d'ailleurs réalisé une étude auprès de 2000 femmes de 25 à 64 ans aux États-Unis. On y apprend que 50% des femmes noires interrogées disent avoir déjà été renvoyées chez elles à cause de leurs cheveux ou connaître une femme concernée par ce racisme qui ne dit pas son nom. 80% des sondées envisagent de modifier, de lisser ou de couper leurs cheveux pour correspondre aux attentes du monde du travail.

Pour la petite histoire, la marque s'est associée à Kelly Rowland pour écrire et produire «Crown», sortie en février dernier (vidéo ci-dessous). La chanson encourage les filles à avoir confiance en elles et à se coiffer comme elles le veulent. Dans le clip, on retrouve notamment une certaine Faith Fennedy, l'ado qui avait été bannie de l'école parce qu'elle avait des tresses.

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