Slow travel
DR

«Je suis partie en vacances sans prendre l'avion et j'ai adoré»

par Gloria Karthan

19 JUIN 2019

Life

Pour ses vacances en Albanie, notre rédactrice Gloria Karthan a choisi de voyager en bateau et en train. Résultat: ça lui a pris deux jours, au lieu de deux heures de vol. Mais elle ne regrette rien.

«Pourquoi tu t'infliges ça?» C'est la réaction la plus fréquente suscitée par mon projet de voyage et, honnêtement, quand je pensais aux correspondances que j'allais devoir prendre, cette phrase me trottait dans la tête. Presque 8 heures de train jusqu'au port d'Ancône (It), suivies de 16 heures de ferry pour atteindre l'Albanie. Pour le retour, c'était encore pire: 25 heures sur la Méditerranée, avant de finir mes vacances par un trajet en train de 7 heures jusqu'à Zurich. Help!

Mon ami et moi essayons d'éviter les déplacements en avion. Cela ne signifie pas que nous prendrons jamais plus l'avion ou que nous ne partirons en vacances qu'en Europe. Mais dans la mesure du possible, nous tentons d'opter plutôt pour le train et le bateau.

Planification laborieuse

L'absence de vol moyen-courrier dans mon programme a non seulement permis d'éviter beaucoup d'émissions de CO2, mais a aussi élargi mon horizon et m'a fait remettre en question mon attitude vis-à-vis des voyages. Aujourd'hui que ce périple monstrueux est derrière moi, je dois avouer que c'était un des meilleurs que j'ai jamais faits.

Quand on choisit de se déplacer par les voies de l'eau et de la terre, on doit d'abord réfléchir aux destinations accessibles dans le laps de temps à disposition et au moyen le plus raisonnable pour aller de son point A à son point B. Bien que j'aime planifier mes vacances, la préparation de ce voyage ne m'a rien épargné: ni les sites de réservation déroutants, ni les prix élevés, ni les mauvaises correspondances qui ont mis mes nerfs à rude épreuve, sans compter bien sûr les offres alléchantes des compagnies aériennes.

Les voyages en train sont plus confortables

Heureusement, il existe aussi des offres spéciales pour les voyages en train – mais elles ne sont pas si faciles à trouver. Autre raison d'opter pour le rail: en raison d'une forte demande, les trains de nuit devraient bientôt revenir en force et le réseau des chemins de fer est en expansion constante. Bref, ça évolue, quoique lentement.

Quand je prends l'avion, il m'emmène très rapidement dans un endroit complètement différent – presque comme si j'y avais été téléportée. Sitôt sortie de l'appareil, je me retrouve dans un environnement nouveau, accablée par la chaleur, ou alors je ne découvre que par une annonce via haut-parleur qu'il pleut à destination.

Les tons de bleu de la mer

Au contraire, lorsqu'on se déplace lentement, on arrive à mieux prendre conscience des distances en passant d'un endroit à l'autre pendant le trajet. Ainsi, en regardant par la fenêtre du train, j'ai pu constater que le climat devenait de plus en plus méditerranéen.

Sur le ferry, j'ai contemplé, dans un état quasi méditatif, le bleu de la mer passant de l'azur à l'outremer puis au turquoise. Parce qu'il n'y avait pas grand-chose à voir à part la ligne d'horizon, j'ai regardé le soleil s'en rapprocher. Jusqu'au grand final: un coucher de soleil ultra kitsch.

Sonnenuntergang
DR

Le coucher du soleil depuis notre confortable cabine, pendant le voyage de retour.

Dans la vie de tous les jours, je suis toujours pressée, agitée et impatiente. Comme beaucoup d'autres personnes, j'aspire généralement à me reposer un maximum pendant mon temps libre. Je veux décélérer le plus efficacement possible. Or, c'est bien là le problème. Après tout, voyager, c'est oublier l'heure – et je n'y suis jamais aussi bien parvenue que lors de ce voyage.

À l'aller, notre ferry est parti avec 2 heures de retard. Ce qui est amusant, c'est que je ne m'en suis même pas aperçue. Observer les dizaines de camions manœuvrer au centimètre près, parmi les autres passagers installés sur le pont dans le soleil couchant, était tout simplement excitant. Si j'avais dû poireauter tout ce temps à une porte d'embarquement d'un aéroport, je serais devenue folle.

Quand j'ai commencé ce périple, mon état d'esprit était différent de celui dans lequel je me trouve d'habitude quand je voyage: je n'envisageais pas mes trajets en train et en bateau comme des déplacements en tant tels, mais comme des parties intégrantes de mes vacances – cela explique sûrement pourquoi j'ai dormi comme un bébé dans ma cabine à bord du bateau.

Avant, je trouvais ultra galvaudée l'expression «l'important, ce n'est pas la destination, c'est le voyage». Désormais, je dois avouer que c'est exactement comme ça que j'ai ressenti pendant mon voyage sans avion.

On te suggère aussi...
As-tu aimé cet article?
  • :(
  • J'adore! no Data :(
  • Hahaha! no Data :(
  • Wouah! no Data :(
  • Triste no Data :(
  • En colère no Data :(
  • J'adore!
  • Hahaha!
  • Wouah!
  • Triste
  • En colère