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Laurence Rasti

Je ne suis pas croque-mort ni fossoyeur, mais j’adore les cimetières

par Emmanuel Coissy

1 NOVEMBRE 2018

Life

Emmanuel, rédacteur chez Friday, adore flâner parmi les tombes. En ce jour de la Toussaint, il nous raconte pourquoi.

Ça ne me viendrait jamais à l’esprit d’aller célébrer «mes» morts, le 1er novembre, les bras chargés de chrysanthèmes. Et pourtant, Dieu sait que j’aime traîner dans les cimetières. Je ne suis pas mystique et je ne crois pas aux forces telluriques. J’aime ces jardins parce que je les trouve beaux. Je ne dois pas être le seul à le penser puisqu’en France, par exemple, ils sont considérés comme des monuments historiques qu’on visite en payant une entrée.

A Paris, j’allais parfois au Père-Lachaise pour saluer les auteurs que je révérais durant mon adolescence: Proust, Wilde. Je me souviens avoir ri en voyant des touristes grimper sur la tombe d’Henri Salvador pour photographier celle d’Edith Piaf. A Genève, où je vis, en été et au printemps, je vais au cimetière de Plainpalais (dit des Rois) parce qu’à midi, c’est un ravissant jardin du centre-ville où les gens viennent pique-niquer. En 2016, seize artistes contemporains (Sophie Calle, Sylvie Fleury, notamment) s’en étaient emparés en disséminant des œuvres dans tous les coins. Un cimetière, c’est donc un musée ou une galerie d’art.

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Emmanuel Coissy

Les Genevois aiment pique-niquer au cimetière de Plainpalais, en plein centre-ville.

En Suisse romande, il y en a des petits, adorables, où des stars ont trouvé leur dernière demeure. Je me rends parfois à Tolochenaz (VD) pour jouer avec l’arrosoir à côté de la sépulture d’Audrey Hepburn. Au cimetière du Bois-de-Vaux, à Lausanne, j’admire les lions et les fleurs blanches qui ornent celle de Coco Chanel. Je trouve amusant qu'elle repose à côté de Paul Robert, qui a donné son nom au dictionnaire. Que se racontent-ils sous terre?

A Céligny (GE), la pierre tombale de Richard Burton se trouve dans un bosquet longé par un ruisseau. Le lieu semble enchanté et me fait penser au «Songe d’une nuit d’été». En Valais, je fais souvent halte à Rarogne pour me poser près de la stèle sous laquelle gît Rainer Maria Rilke. A chaque fois, je lis un passage de ses «Lettres à un jeune poète», puis je contemple les montagnes.

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Fabien Pellarin

Emmanuel sur la tombe d'Audrey Hepburn à Tolochenaz (VD).

Mon cimetière préféré se trouve dans les jardins du Beau-Rivage Palace, à Lausanne. Il est réservé aux animaux de compagnie des clients de l’hôtel. Il y a là quelque chose de charmant et de décadent à la fois. Par une belle journée, je vais m’asseoir sur le banc qui est juste devant. Je regarde le Léman, je profite du soleil et je me sens bien.

A l’étranger, c’est pareil. Je vais toujours visiter un cimetière si j’en ai l’occasion. En longeant les allées, j’imagine quelle a pu être la vie de ces inconnus dont ne restent qu’un nom et les dates de leur passage sur terre. Tu l’auras compris: je ne suis pas un croque-mort ni un fossoyeur, mais juste un amoureux du «passé qui ne veut pas mourir».*

*Emprunté à Barbara

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Emmanuel Coissy

Quand Emmanuel part en voyage, comme ici aux Iles Féroé, il visite toujours un cimetière.

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