Depression
Lukasz Wierzbowski

«En moi, il n’y avait qu’un grand trou noir»

par Gina Buhl

30 AOÛT 2018

Health

Les journées d'été passées sous le soleil peuvent aussi être synonymes de moral en berne. Victoria*, lectrice de Friday, nous parle de sa dépression estivale.

De juin à septembre, c'est souvent la dolce vita: on passe du temps avec ses amis au bord du lac, on va d'apéro en apéro, on fait le plein de vitamine D. Mais pour les personnes atteintes de dépression estivale, c'est une période noire. Tout comme son pendant, la dépression hivernale, cette forme rare de dépression fait partie des troubles affectifs saisonniers, découverts en 1984 par le psychiatre américain Norman E. Rosenthal.

Si les personnes atteintes de dépression hivernale se sentent souvent très fatiguées et sont sujettes à des fringales, celles atteintes de dépression estivale dorment, mangent souvent très peu et perdent donc du poids. Les jeunes femmes sont les plus touchées, sans que les scientifiques ne sachent pourquoi. A plat tout l'été, Victoria* (27 ans), lectrice de Friday, sait exactement ce que c'est.

«Plus rien n'avait de goût, plus rien n'avait d’odeur, plus rien n'avait de sens. Je n'arrivais plus à penser ou à prendre de décisions. C'était le début des vacances d'été et ça ne me semblait pas normal que le soleil brille dehors. En moi, il n'y avait que ce grand trou noir. Pendant la journée, je me sentais paralysée, je n'avais envie de rien et, la nuit, les mêmes pensées tournaient en boucle dans ma tête. Je ne comprenais pas ce qui m'arrivait.

«Le pire, c'était ce sentiment d'exclusion. Je savais que je devais être à la piscine, au lac ou n’importe où dehors. Que c'était le moment de partir en week-end et de voir des amis. Ce que tout le monde fait en été, en somme. Ce que je faisais moi aussi l’été, avant. Mais chaque année c'était pire. Durant l'été 2015, je me suis dit que j'avais juste du mal à me remettre de ma séparation d'avec mon copain; après quelques mois, tout s'était arrangé. L'année suivante, j'ai pensé que c'était le stress des examens qui me causait ce sentiment bizarre. Là encore, à l'automne, je me suis sentie beaucoup mieux. Je n'aurais jamais fait le rapprochement entre l'époque de l'année et mon état.

« C'est l'année dernière que j'ai touché le fond. Pour que mes amies ne remarquent pas que je n'allais pas bien, j'inventais des tas d'excuses pour ne pas passer de temps avec elles. Je jouais à la fille surbookée, alors que j'ai en fait passé deux semaines cloîtrée dans mon appartement. Jusqu'à ce qu'une de mes copines aborde directement le sujet. Après une longue discussion, j'ai compris que j'avais besoin d'aide. Mon psy a rapidement diagnostiqué une dépression saisonnière et m'a prescrit des médicaments. Je n'en avais jamais entendu parler, mais j'étais soulagée de savoir enfin ce qui m'arrivait.

«Cette année, ça va mieux. Pour être honnête, je n'étais toujours pas folle de joie à l'idée de voir arriver l'été, mais ça m'a tout de même paru un peu plus agréable et moins déprimant.»

*  Prénom d’emprunt

Tu te reconnais dans le témoignage de Victoria? Plus d’infos et d’adresses pour obtenir de l’aide sur le site de la Société suisse des troubles anxieux et de la dépression, ssad.ch

On te suggère aussi...
As-tu aimé cet article?
  • :(
  • J'adore! no Data :(
  • Hahaha! no Data :(
  • Wouah! no Data :(
  • Triste no Data :(
  • En colère no Data :(
  • J'adore!
  • Hahaha!
  • Wouah!
  • Triste
  • En colère