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Instagram keli_kisiasia

«En Asie, c’est plus difficile d’être acceptée en tant que Noire»

par Valentina San Martin

18 OCTOBRE 2018

Fashion

A 23 ans, Keli Kisiasia a déjà participé à plusieurs concours de beauté en Suisse. Et même si la Lausannoise n’est jamais allée jusqu’au bout, elle a su retomber sur ses pattes. La jeune femme débute désormais une carrière de mannequin à l’étranger. Nous l’avons rencontrée avant son départ pour la Chine.

Les podiums et ses filles ultra élancées, superbement jolies et un poil insolentes: voici le cliché qui ressort le plus souvent lorsqu’on s’imagine l’univers de la mode. Rien à voir avec ce que dégage la Lausannoise Keli Kisiasia. Elancée, certes, et superbement jolie, bien entendu. Basket blanches, jeans slim, T-shirt noir et quasi pas maquillée, la jeune femme se montre tout en simplicité. Pas d’extravagances ou de détours. Personnalité discrète au caractère bien trempé, elle dit ne pas être fan d'Instagram mais ne se garde pas de lâcher «My melanin is my strength» sur le réseau social. Rencontre.

Parle-nous un peu de tes débuts. Quand j’ai commencé, j’avais 14, 15 ans. J’ai commencé par m’inscrire à Miss Suisse en 2014. J’ai été sélectionnée, mais j’ai fini par abandonner car je voulais me concentrer sur mes études. J’ai fait une année de préapprentissage, puis trois ans à l’école de couture de Lausanne. C’est durant ma dernière année de cours que j’ai recommencé à faire un peu de mannequinat.

Qu’est-ce que ça t’a apporté? Grâce à Miss Suisse romande, j’ai eu l’occasion de voyager. Nous nous sommes rendues à Prague. On a fait la fête, on est allées à des dîners, on a défilé. Pour être honnête, je me suis surtout amusée. Puis, j’ai à nouveau passé le casting pour Miss Suisse et c’est là que j’ai été approchée par l’agence pour laquelle je travaille actuellement. Je suis partie à Milan, puis en Chine. Et un jour, lorsque j'étais en Chine, une responsable du concours Miss Suisse me téléphone pour me dire que je suis à nouveau sélectionnée. Finalement, j’ai encore renoncé.

Le métier de mannequin en Chine, c’est comment? C’est assez différent d’ici. Par exemple, le temps est compté. Pas le temps de discuter ou de prendre un café. On a un timing précis à respecter durant les shootings. Tout est chronométré. Là-bas, on n’utilise que très peu Photoshop. Par contre, concernant les modèles, le truc qui m’intrigue le plus, c’est qu’il y a des filles très jeunes dans le milieu. Elles ont entre 14 et 16 ans. Elles sont déjà très femmes. Certaines sortent même en boîte. C’est ça aussi la réalité du métier.

Tu aimes vivre là-bas? J’aime bien la Chine. Mais c’est spécial. Ça m’arrive souvent d’être prise en photo ou filmée. Quand j’arrive, je mets un peu de temps à sortir. J’imagine bien que certains locaux ne sont peut-être jamais sortis de leurs pays et n’ont jamais vu de personne de couleur. Mais n’empêche que ça reste dérangeant...

Tu ressens une forme de racisme? En fait, j’essaie de ne pas trop y prêter attention. D’accord, il y a parfois des regards oppressants, mais aussi des personnes très gentilles qui me font des compliments, qui me disent qu’ils me trouvent jolie. Les Chinois sont très sympathiques.

Dans un de tes posts Insta, tu écris: «My melanin is my strength». N’est-ce pas compliqué de te faire une place dans ce milieu en tant que femme noire, en particulier en Chine? Ah bon? Sur une photo? Je ne m’en souviens pas. Mais il est vrai qu’en Asie, c’est plus difficile d’être acceptée en tant que Noire. Lors d’un casting, on m’a déjà dit: «Non, on ne travaille pas avec les Noirs». Je ne le prends pas personnellement. Je ne leur en veux pas. Le truc, c’est que souvent on veut que les gens s’identifient aux modèles qu’on voit dans les magazines. Mais je pense que c’est un peu dépassé, comme état d’esprit. Maintenant, on voit aussi des spots publicitaires avec des filles noires. Je veux dire, les Noirs aussi peuvent avoir envie de s’identifier à quelqu’un.

Tes mannequins préférés? Naomi Campbell, évidemment. Niveau technique, comment elle pose, comment elle marche, c’est Naomi, quoi! Après, je ne sais pas trop. J’aime les anciens modèles, de manière générale. Pour moi, ces filles ont bossé dur pour arriver là où elles sont. La nouvelle génération ne me parle pas. J’ai l’impression qu’on se concentre sur Instagram et le nombre d’abonnés. Se prendre en photo avec une nouvelle veste et mettre un code promo en légende, tout le monde peut le faire. Se lever à 10 heures, se mettre en scène avec un nouveau plaid, puis retourner dormir (rires), ce n’est pas ça, le travail, à mon avis.

Les réseaux sociaux, ce n’est pas ton truc? En fait, j’essaie de rester discrète. Je ne poste pas trop de choses sur ma vie privée. Je ne partage que des choses en rapport avec ce que je fais. Et puis, mon agence est super cool vis à vis de ça. Elle ne me demande pas d’avoir plein de followers ou de likes.

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