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Jouer à en perdre la raison

par Emmanuel Coissy

24 AOÛT 2018

Entertainment

Dakota Johnson a suivi une psychothérapie après le tournage du film d’horreur «Suspiria». Elle n’est pas la première actrice à qui cela arrive.

Le public a tendance à fantasmer la vie d’une actrice. On s’imagine à tort que sa vie de princesse consiste uniquement à se faire choyer et à parader sur un tapis rouge entre deux tournages. En réalité, son existence est bien différente: une comédienne passe le plus clair de son temps à attendre. Attendre que le téléphone sonne pour la proposition d’un rôle à la mesure de ses espérances. Attendre dans sa loge, rongée par le doute, avant d’entrer dans la lumière. Attendre dans le cabinet d’un médecin quand elle a été cabossée par le métier.

Suspiria 2018 Dakota Johnson
Metropolitan FilmExport

Camper des rôles n’est pas un acte anodin. Dakota Johnson, par exemple, l’a appris à ses dépens. L’Américaine, âgée de 28 ans, star de la saga «Cinquante nuances de Grey», a confié en avril dernier au «Elle» USA qu’elle avait récemment craqué. «Le tournage de «Suspiria», sans mentir, m’a tellement foutue en l’air que j’ai dû suivre une thérapie juste après. Nous étions dans un hôtel abandonné au som­met d’une montagne. Il y avait une trentaine de poteaux téléphoniques sur le toit. L’électricité parcourait l’immeuble et tout le monde se prenait des décharges.»

A moins d’être cinéphile et d’avoir une mémoire encyclopédique, «Suspiria» ne dit pas grand-chose à qui que ce soit aujourd’hui. Ce long métrage fait pourtant partie de la sélection de la Mostra de Venise, où il sera présenté début septembre en première mondiale. C’est un événement à plusieurs titres. D’abord parce qu’il concourt pour le Lion d’or. Ensuite parce que son réalisateur n’est autre que Luca Guadagnino qui, grâce au succès de «Call Me By Your Name» (2017), s’est fait un nom à l’international. La distribution, dont tous les rôles principaux sont féminins, fait rarissime, réunit Tilda Swinton, Mia Goth et Chloë Grace Moretz. Enfin, c’est le remake d’un film d’horreur culte de Dario Argento, sorti en 1977.

L’histoire se déroule dans une école de danse classique en Allemagne. Le personnage de Suzy, interprété jadis par Jessica Harper («Phantom of the Paradise», «Minority Report») et désormais par Dakota Johnson, est une interne qui débarque des Etats-Unis. Dès son arrivée, on déplore plusieurs meurtres sordides. Le film original est un bijou kitsch. On l’admire pour la beauté des décors rouges et les brushings des protagonistes.


Vu la bande-annonce de la version 2018, on peut affirmer que l’esthétique voulue par Guadagnino sera beaucoup plus dark. Cerise sur le gâteau: Jessica Harper figure à l’affiche de la nouvelle mouture. Par ailleurs, le cinéaste italien assure même que son ami et confrère Quentin Tarantino («Kill Bill», «Pulp Fiction») a pleuré en découvrant la scène finale lors d’une projection privée.

Entre folie et dépression

La plupart des artistes sont des êtres ultrasensibles qui travaillent avec leurs émotions, quitte à trébucher. Le cas de Dakota Johnson n’est donc pas unique dans l’histoire du septième art. Björk, par exemple, a été profondément bouleversée par le tournage de «Dancer in the Dark» (2000). Son personnage, une ouvrière qui devient aveugle, est condamné à la pendaison. En plus de la violence de l’histoire, l’Islandaise dit avoir subi le harcèlement moral et sexuel du cinéaste Lars von Trier. Dégoûtée, elle a failli renoncer définitivement au cinéma.

Kate Winslet, elle aussi, a beaucoup souffert en se glissant dans la peau d’une criminelle nazie pour «The Reader» (2008), où elle joue une ex-gardienne du camp d’Auschwitz. Pareil pour Isabelle Adjani dans «Possession» (1981). La Française a déclaré avoir dû consulter un thérapeute pendant des années et que, si c’était à refaire, elle refuserait le rôle.

Plus étonnant, Marion Cotillard, après «La Môme», a recouru à un exorciste parce qu’elle était persuadée d’être hantée par l’esprit d’Edith Piaf… Ironie du sort, certaines d’entre elles ont remporté un prix à Cannes, un Oscar ou un César pour avoir dépassé leurs limites. Dans un registre plus tragique, souvenons-nous aussi de Shelley Duvall («Shining»), de Gene Tierney («Laura») ou de Marilyn Monroe, dont les carrières ont été chamboulées par leurs troubles psychiques! A ce stade-là, le jeu n’est plus un amusement. On joue à en perdre la raison.

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