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Fabian Unternährer

Cogner, ça rend zen

par Melanie Biedermann

2 JUILLET 2018

Life

Nouveau dada des top models et autres stars, la boxe fitness séduit parce qu’elle sculpte la silhouette, mais elle forge aussi un mental d’acier. Serait-elle le nouveau yoga? Notre rédactrice est montée sur le ring pour le découvrir.

Depuis quelques années, on ne jure plus que par la boxe. En 2014, un ring servait de décor à la campagne Chanel de Karl Lagerfeld, et Alexander Wang créait une collection H&M inspirée par ce sport. Il n’en fallait pas plus pour que les looks athleisure sur fond de sacs de frappe deviennent un must sur les réseaux sociaux.

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Fabian Unternährer

Qu’on soit amateur ou professionnel, on se protège toujours avant un combat.

Mais une nouvelle facette de la boxe la rend désormais encore plus populaire. Adwoa Aboah, top model, affirme ainsi que cette activité physique l’aide à traverser les moments de crise. Ronja Furrer, mannequin suisse, cogne pour se préparer mentalement et physiquement aux défilés. Pour Michèle Lamy, épouse et muse du designer américain Rick Owens, il s’agit même d’un état d’esprit plus que d’un sport. Début 2018, elle a d’ailleurs organisé un pop-up baptisé Lamyland sur le thème de la boxe chez Selfridges, à Londres. Avec séances d’entraînement, présentation de collections capsules de créateurs allant de Versace à Supreme et discussions à la clé.

Plus fort, plus haut

La boxe, c’est surtout une école de la vie. Qu’elle vous sculpte un corps digne d’une photo de Victoria’s Secret, c’est presque secondaire. Trop beau pour être vrai? Aniya Seki, prof de boxe professionnelle de 38 ans, m’écrit sur Facebook: «Je suis helvético-japonaise et championne du monde dans ma discipline. Mais j’aime aussi la mode.» Elle souhaite me faire découvrir son univers. Trois mois plus tard, je me retrouve au Boxclub, à Berne, pour goûter au girl power censé se cacher derrière ce sport de brutes. Objectif: m’entraîner pendant 
une semaine puis faire le bilan.

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Des accessoires sont aussi nécessaires pour s’échauffer correctement.

Il est 12 h 15. Pour m’échauffer, je fais une série de drills sur un rythme techno. Trente autres personnes aux profils très divers s’entraînent avec moi: managers, mères de famille et jeunes au look branché. Certains sont un peu chétifs, d’autres de véritables clichés tatoués et hypertestostéronés, du genre à se faire trente minutes de corde à sauter avant de passer aux choses sérieuses.

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Ensuite, c’est pompes, cardio et j’en passe. Les ordres des coachs sont autant d’uppercuts: «On lève les jambes! Plus haut! On ne ralentit pas!» Après cinq minutes, tout le monde sue déjà à grosses gouttes. Première leçon: pas question de bayer aux corneilles, il faut se concentrer tout le temps. Même dans la version fitness de la boxe, on ne fait pas les choses à moitié.

Se libérer l’esprit

Après une demi-heure environ, on passe à la technique. Je partage un sac de frappe avec Ariane, mère de quatre enfants. Elle s’entraîne une à deux fois par semaine depuis quatre mois. Ses coups sont forts et claquent avec un bruit sourd; j’en ressens les vibrations dans tout le corps, de l’autre côté du sac. «Après un entraînement comme ça, je suis cassée tout le reste de la journée, mais les jours suivants sont plus faciles. Pas dans le corps, mais dans la tête», me confie-t-elle. D’une certaine manière, les enchaînements de boxe me rappellent le yoga: on respire de manière régulière, sans se laisser déconcentrer. «Ce sentiment de flux, de moment présent commun aux deux sports est un vrai plus pour le bien-être», confirme Romana Feldmann, psychologue du sport. Avant d’ajouter: «La boxe est un moyen de canaliser sa colère ou son agressivité. Cette catharsis a un effet positif, elle débloque les choses.»

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«La boxe est bien plus qu’un jeu», dit Aniya Seki, championne du monde.

Le soir, je retrouve Aniya pour un cours individuel, et je comprends bien que pour elle il ne s’agit pas juste de se défouler. «Protect yourself at all times», c’est par ces mots que commence tout match professionnel. «La boxe, ça ne rigole pas. C’est comme dans la vie. Si on se laisse aveugler par son ego et qu’on cogne sans réfléchir, on a déjà perdu. Pour gagner, il faut déchiffrer son adversaire et savoir réagir», explique Aniya. Autrement dit, dans la vie comme dans la boxe, avoir des muscles ne suffit pas, il faut aussi utiliser sa tête. «La boxe, c’est 80 % de mental», poursuit-elle. Par moments, je n’ai qu’une envie: laisser tomber. Mais je m’accroche, puisqu’il paraît que les barrières sont psychologiques. Les enchaînements doivent être assez forts pour que l’entraîneur sente qu’on donne tout.

Plus qu’un sport

Je pense que beaucoup de personnes qui commencent la boxe sont comme moi, surprises de voir qu’elles arrivent à faire bien plus que ce dont elles se croyaient capables. Et ça, c’est top pour la confiance en soi. La voilà, la révélation dont parlent tous ses adeptes!

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Notre journaliste s’est rendue au Boxclub, à Berne.

On peut sans doute ressentir la même chose avec d’autres sports. Mais l’avantage, dans la boxe, c’est que tout le monde est logé à la même enseigne, du moins dans sa version fitness. Tous donnent des coups, tous se défendent et tous se soutiennent les uns les autres, ce qui permet à chacun de se dépasser. Et ça, c’est vraiment plus qu’un simple sport. C’est un état d’esprit.

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