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Zoé Piret

«Chaque femme a quelque chose à raconter sur son parcours sexuel»

par Eva Grau

30 OCTOBRE 2019

Entertainment

Daphné Leblond, 28 ans, et Lisa Billuart Monet, 24 ans, ont choisi, pour leur premier film, un sujet rare au cinéma. «Mon nom est clitoris» donne la parole à des jeunes femmes qui racontent leur sexualité sans fausse pudeur. Friday a rencontré les deux réalisatrices.

Elle porte une salopette bleu marine avec, sur le devant, la silhouette d’un clitoris peinte au chablon. Des baskets aux pieds. Et des cheveux rose pâle. Daphné Leblond, cinéaste française de 28 ans, la joue «look de l’emploi» pour la promo de son film. À ses côtés, sa coréalisatrice, Lisa Billuart Monet, 24 ans, est moins punk dans la tenue, mais pas dans l’esprit.

Formées à l’INSAS, une école bruxelloise, Daphné et Lisa ont choisi un sujet hors des sentiers battus pour leur premier long métrage, «Mon nom est clitoris»: la sexualité féminine. Face à leur caméra, des jeunes femmes racontent leur vie intime sans fausse pudeur. Rencontre.

Le clitoris, c’est un sujet surprenant pour un premier film. L’idée est venue d’où?

Lisa Billuart Monet: En fait, c’est la thématique qui nous a donné l’idée de faire un film. À l’INSAS, Daphné et moi était dans des sections techniques: Daphné en montage et moi en image. Pendant un voyage commun, on a parlé de sexualité de manière assez approfondie durant plusieurs heures, notamment de masturbation et de pénétration obligatoire dans les rapports hétérosexuels.

Daphné Leblond: On savait qu’on tenait un sujet et un propos politique sur lequel planait un énorme non-dit, ce qui est rare au cinéma. Faire un film qu’on n’a jamais vu, ce n’est pas si fréquent.

Vous parlez de propos politique. Faire «Mon nom est clitoris» était donc un acte militant?

Daphné: Oui. C’est pour ça qu’on a demandé aux filles qui témoignent de le faire à visage découvert. On a aussi gardé leurs vrais prénoms et on n’a pas modifié leurs vraies voix. Prendre la parole face caméra, c’est déjà un acte très politique.

Parallèlement à sa sortie en salle, le film va-t-il aussi être présenté dans des écoles?

Daphné: Oui. On a travaillé avec le planning familial à Bruxelles, qui donne les cours d’éducation sexuelle dans les collèges et les lycées. Il a rédigé un dossier pédagogique accompagnant le film. Ce dossier, avec des capsules vidéo tirées de notre documentaire, va être distribué dans les plannings familiaux belges. On a aussi organisé une projection avec des classes d’ados au dernier Festival international du film de Namur. Certaines universités se sont également manifestées.

Le documentaire s’adresse donc uniquement aux jeunes?

Lisa: Non, à tout le monde. À la base, notre public cible était les adolescentes, mais le film s’adresse aussi aux adolescents et à des gens plus âgés. Ma mère a appris plein, plein de choses en le regardant et elle a 58 ans!

MON NOM EST CLITORIS PHOTO3
DR

La taille réelle du clitoris est parfois une surprise pour certaines jeunes femmes.

Comment avez-vous trouvé des femmes acceptant de témoigner?

Lisa: D’abord, parmi nos amies proches. L’une d'elles est d’ailleurs ma coloc (aujourd’hui, mon coloc). Puis on a cherché parmi les amies d’amies. On se rend compte que chaque femme a quelque chose d’intéressant à raconter sur son parcours sexuel.

Pourquoi aucun homme ne témoigne?

Daphné: Parce que n’est pas le sujet. Point. On aborde des problèmes clairement genrés et spécifiquement féminins.

Lisa: Il y a déjà une telle une appropriation du corps mais aussi de la parole des femmes que c’était l’occasion de laisser s'exprimer uniquement les principales intéressées.

Les hommes sont présents dans ce qu'elles disent puisqu'on constate que les femmes découvrent souvent la masturbation après les rapports sexuels avec pénétration, alors que chez eux, c’est le contraire.

Lisa: On est encore dans l’idée que c’est à notre partenaire masculin de nous apprendre à connaître notre corps. C’est une question d’éducation. On apprend aux hommes qu’ils ont la responsabilité du plaisir, de la séduction, responsabilité qui est lourde à porter et engendre des problèmes.

Daphné: En matière de sexualité, les hommes sont censés être éducateurs et les femmes doivent suivre. C’est dingue comme on a intériorisé ce schéma! Dans la sexualité, la masturbation représente l’autonomie, l’indépendance et la prise d’initiative. Or, tout ça c’est masculin, socialement parlant.

Vous avez commencé à travailler sur le projet il y a quatre ans, donc avant MeToo. L’émergence de ce mouvement a-t-elle changé quelque chose?

Daphné: On a quasiment tout filmé à l’été et l’hiver 2016, donc MeToo n’a pas changé grand-chose à notre manière de faire. À cette époque-là, on avait plutôt l’impression d’évoluer dans une sorte de grand vide. Le mouvement MeToo est tombé au bon moment, car il inscrit notre film dans un continuum et lui donne la portée politique qu’il avait déjà. Le fait que des stars d’Hollywood soient aussi concernées par des problèmes vécus par les inconnues que nous avons interviewées, ça change la donne pour la diffusion du film.

«Mon nom est clitoris», dès le 30 octobre sur les écrans romands

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