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Emmanuel Coissy

Au pays des extrêmes

par Emmanuel Coissy

15 NOVEMBRE 2019

Voyage

L’Argentine est une destination pour qui aime faire le grand écart. Du nord-est subtropical au sud-ouest désertique et froid, le voyageur passe de l’été à l’hiver.

Les jacarandas de Buenos Aires sont en fleur. Ces arbres aux pétales couleur lilas jalonnent les avenues de la capitale argentine. Au mois de novembre, c’est le printemps dans l’hémisphère sud. Après le travail, les Portègnes (les habitants de Buenos Aires) envahissent les parcs publics au pied des buildings de verre. Ils s’activent sur des bateaux de plaisance ou organisent un barbecue sur l’un des innombrables rooftops de la mégapole.

En réalité, cette vision idyllique de la prospérité est un leurre. Le pays subit actuellement une terrible crise économique. L’accession à la présidence du péroniste Alberto Fernández, en octobre dernier, ne change rien à l’affaire. Les Argentins piétinent devant les banques, auxquelles ils ne font plus confiance, pour retirer leur épargne.

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15 millions de personnes vivent à Buenos Aires.

La dévaluation constante du peso fait, a contrario, la joie des touristes qui débarquent en masse dans la plus européenne des nations d’Amérique latine. L’une des plus excitantes aussi. Le pouvoir d’achat des étrangers augmente à mesure que la bourse tousse. Leurs devises alimentent l’industrie touristique; les voyageurs claquent des liasses de billets comme s’ils jouaient au Monopoly. Pour l’équivalent de 5 francs, ils traversent la vaste ville en taxi ou, pour le double, s’offrent au restaurant une épaisse tranche de filet de bœuf de première qualité.

Par la même occasion, ils en profitent pour découvrir à bon compte les splendeurs qu’offre l’Argentine. En marge de sa richesse culturelle, elle s’impose comme la destination des extrêmes. Du nord-est subtropical au sud-ouest froid et désertique, le visiteur parcourt 3125 kilomètres en quatre heures dans les airs et passe de la moiteur de la jungle à la rudesse du désert.

Une douche sous les chutes d’Iguazú
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Le site est constitué de 275 cascades.

À une heure d’avion au nord de Buenos Aires, Iguazú est le site le plus visité du pays. Ses chutes, à la frontière du Brésil et du Paraguay, sont une curiosité incontournable. Face au déchaînement des éléments, l’homme a, ici, la taille d’une fourmi. Seuls les oiseaux bravent les nuages créés par le fracas des flots et, en grappes, s’accrochent aux falaises. L’eau et la végétation alentours forment un décor saisissant.

Actuellement, la température est de 32°C l'après-midi. Un caïman nage à proximité d'un bateau où une quarantaine de touristes prennent place. Ils vont prendre une douche sous les chutes. C’est une des attractions phares. Les passagers poussent des cris de joie à mesure qu’ils se font asperger. À ce moment-là, des centaines de curieux moins téméraires s’agglutinent contre les barrières enserrant les chutes.

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Course d'école à Iguazú.

Les 275 cascades forment le cœur d’un parc national de 67'620 hectares où vivent des fauves, des toucans et des sapajous. Dans cette jungle, les moins farouches des animaux sont les coatis qui n’hésitent pas à se frotter à l’homme pour récolter de la nourriture. Quitte à la lui chiper.

À l’heure du lunch, les visiteurs venus en famille préfèrent donc s’attabler dans des cages pour éviter d’être importunés par ces petits chapardeurs que sont les coatis. Ici, l’humain s’installe derrière un grillage comme s’il était une bête dans un zoo.

Au même moment, d’autres touristes mangent sur la terrasse panoramique du Gran Meliá, unique hôtel édifié dans ce site protégé. En croquant des empanadas, ils admirent les chutes au loin.

Des crampons sur le glacier
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Excursion sur le glacier Perito Moreno.

Le deuxième site le plus visité du pays se trouve au sud-ouest, en Patagonie. C’est le glacier Perito Moreno. Il s’étend à travers la cordillère des Andes, entre le Chili et l’Argentine. La région qui sépare Buenos Aires d'El Calafate, ville aéroportuaire la plus proche du parc national Los Glaciares, est désertique. Depuis le hublot, on n’y voit guère que de pauvres buissons jalonnant une terre jaune. Le beau temps est rare par ici.

En cette période de l’année, la température culmine à 18°C. Au cours des siècles, le paysage a été dessiné par un vent froid et sec qui souffle en permanence. À partir d’El Calafate, on gagne le Perito Moreno en longeant le lac Argentino. Il faut compter une heure par la route.

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La partie émergée du glacier mesure jusqu'à 70 mètres de hauteur.

Sur place, un vaste réseau de chemins balisés permet d’observer le glacier. La masse bleuâtre est en mouvement constant. Des blocs de glace s'en décrochent et se fracassent dans l’eau. Cela provoque une détonation qui résonne dans toute la vallée. L’effet est sensationnel. La sensation ultime consiste toutefois à s’aventurer directement sur le glacier. Pour ça, on traverse le lac en bateau pour débarquer au pied du Perito Moreno.

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Scotch on the rock, grappillé dans le glacier.

L’excursion ne nécessite pas d’être un grand sportif. Toutefois, pour des raisons de sécurité, les mineurs, les personnes de plus de 50 ans et les femmes enceintes notamment n’ont pas le droit d’y accéder. Des guides accrochent des crampons en métal aux chaussures des randonneurs qui participent à ce minitrek.

Les petites équipes sont bien entourées parce que la surface est meuble et peut d’affaisser, entre autres, parce qu’elle est striée d'écoulements d’eau. Celle-ci est potable. À la fin du parcours, chacun reçoit un verre de scotch servi on the rocks. Les glaçons ont été grappillés au piolet dans le glacier.

Au beau milieu du désert
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Le Río Santa Cruz naît dans la cordillère des Andes.

La Patagonie se situe aux confins du monde. Cette terre aride est une succession de décors éblouissants, notamment du côté de la ville d’El Calafate, au bord du lac Argentino dont les reflets sont bleus. De là, on observe nettement les cimes enneigées des Andes. En déambulant à travers la campagne, on croise des chevaux, des vaches, des moutons et aussi d’innombrables cormorans ou des flamants roses. On rencontre beaucoup de lamas vivant à l’état sauvage. Dans les zones protégées où l’homme n'a pas le droit d'élever du bétail, ce camélidé est la principale proie du puma. Le long des routes, il est courant de voir les carcasses des lamas qui n’ont pas survécu à l’attaque nocturne du fauve.

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Aux abords de la ville d'El Calafate.

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Au bord du lac Argentino.

Une balade face au Fitz Roy
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La montagne culmine à 3405 mètres.

El Chaltén est un village au nord d’El Calafate. Trois heures de route sont nécessaires pour aller d’une localité à l’autre. Ce trajet est spectaculaire parce qu’il permet d’appréhender la diversité des paysages de Patagonie. Après les plaines désertiques, au niveau du lac Viedma, la végétation est subitement luxuriante: des arbres, de l’herbe, des fleurs constituent un ensemble qui à certains égards rappellent les Alpes suisses.

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Randonnée dans le parc national Los Glaciares à proximité d'El Chaltén.

La route 40, qui mène à El Chatén, est l’équivalent argentin de la route 66 aux États-Unis. Elle est mythique parce qu’elle conduit au Fitz Roy. Cette montagne, traversée par la frontière avec le Chili, est caractérisée par un relief singulier. Elle revêtait même une dimension sacrée pour les Tehuelches, les Amérindiens qui autrefois peuplaient la région.

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La berbéris à feuilles de buis, el calafate en espagnol, a donné son nom à la ville.

À défaut de gravir le Fitz Roy (3405 mètres) dont l’ascension est l’une des plus ardues qui soient (la première date de 1952), on peut faire une randonnée jusqu’à la laguna Capri, un ravissant lac d’altitude. La montée n’est pas difficile mais prend deux heures. Le chemin serpente à travers une forêt qui surplombe le Río de las Vueltas. De toutes parts du sentier, des troncs d’arbres et des branches arrachés témoignent de la violence des fréquentes tempêtes. Par beau temps, en revanche, des étrangers et des Argentins s’y baladent, en particulier le week-end. Certains pique-niquent, d’autres passent la nuit sous une tente plantée près du lac. Jouir des couleurs du crépuscule et de l’aube sur le Fitz Roy est une sensation ineffable.

Ce voyage a été offert par Edelweiss. La compagnie aérienne propose un vol sans escale Zurich – Buenos Aires deux fois par semaine.

La rédaction remercie l’Instituto Nacional de Promoción Turística de Argentina pour son soutien.

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La route 40 est l'équivalent argentin de la route 66 aux États-Unis.

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