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Mehdi Manser

Alex Vizorek, le plus suisse des humoristes belges

par Eva Grau

23 NOVEMBRE 2019

Entertainment

Comédien, animateur radio et chroniqueur, le sympathique Bruxellois de 38 ans est avant tout homme de scène. Alors qu'il met un point final à dix ans de représentations avec son premier one-man show, il se prépare à présenter le gala «So Chic!», le 5 décembre, lors du 30e Montreux Comedy Festival. Portrait.

Il y a un je-ne-sais-quoi de suisse chez Alex Vizorek. Si on ne craignait pas le cliché, on dirait que c’est le fait qu’il aime prendre son temps. Cela fait dix ans que ce Bruxellois se produit sur scène avec son premier one-man show, «Alex Vizorek est une œuvre d’art». Un cas d’école, ou presque, dans un milieu où un artiste ne tourne guère plus de quatre ans avec le même spectacle. Dix ans aussi qu’il a remporté, à Vevey, le Prix François Silvant, devenant ainsi le premier – et le seul à ce jour – étranger à recevoir cette distinction récompensant un(e) humoriste prometteur du cru. Pour un peu, on croirait à une blague. Belge, ça va sans dire.

L’évocation de ce souvenir fait sourire le comédien. Depuis 2009, Alex Vizorek en a fait, du chemin. «J’aime bien l’idée qu’il n’y ait pas eu d’explosion. Ça me ressemble. Je ne suis pas une tête brûlée.» Nous sommes attablés au restaurant de la Maison de la Radio, à Paris, sur les bords de la Seine. Quelques étages plus haut se trouvent les studios de France Inter où Alex Vizorek co-anime, avec sa compatriote Charline Vanhoenacker, l’émission «Par Jupiter!». «Certains, arrivés après moi au cours Florent, ont eu le temps de monter plus haut et de retomber, poursuit-il. Alors je suis très content que les choses se soient faites progressivement.»

«Le Belge est plus fou-fou que moi»

Son CV confirme à quel point l’humoriste est «assez pragmatique», comme il se décrit lui-même. «Le Belge a toujours été plus fou-fou que moi», ajoute-t-il, prenant pour exemples ses concitoyens Benoît Poelvoorde et François Damiens. Né à Bruxelles de parents commerçants, Alexandre Wieczoreck – son vrai patronyme, hérité d’un grand-père polonais – a commencé par faire des études de commerce et de journalisme. En parallèle. «Autant pour rassurer mes parents que moi-même. Je travaillais et j’avais la fierté de réussir, mais je voyais bien que je n’aimais pas ça.» L’envie de jouer la comédie a émergé pendant ces années-là, dit-il, «un peu comme un instinct de survie.»

Son double diplôme en poche, il s’embarque pour le cours Florent. «Mes parents m’ont dit: “Va faire une année à Paris, si c’est ce que tu veux”. Et un an est devenu trois ans», se souvient-il. C’est durant sa formation qu’il fait la connaissance de Stéphanie Bataille, celle qui mettra en scène son premier one-man. Doucement mais sûrement, il arpente les planches de salles de plus en plus grandes, décrochant au passage plusieurs prix dans des festivals d’humour. Il fait aussi ses armes à la radio belge comme chroniqueur et commentateur sportif, avant d’intégrer France Inter en 2012.

«Populaire, ce n’est pas un vilain mot»

À la télé, il a notamment été chroniqueur dans «Salut les Terriens!», aux côtés de Thierry Ardisson. «Jusque-là, je n’avais été qu’un pion dans le jeu, confie l’humoriste belge. Chez Ardisson, j’avais dix minutes d’antenne pour moi. Cela m’a responsabilisé.» Lorsque les «Terriens» se sont arrêtés au printemps dernier, Alex Vizorek a été contacté par une autre légende cathodique: Michel Drucker. Celui-ci lui a proposé d’intégrer l’équipe de chroniqueurs de «Vivement dimanche» (vidéo ci-dessous). Pari tenu. Et sans complexes. «Populaire, ce n’est pas un vilain mot.»

Si, à la scène, il affirme ironiquement être une œuvre d’art, Alex Vizorek garde en réalité l’humilité chevillée au corps. Il dit ne pas être «un grand comédien» et cite Daniel Auteuil, un acteur qui l’impressionne. Il a aussi mis du temps à se dire humoriste de métier. «Avant, quand je devais remplir des documents officiels, j’écrivais “intermittent du spectacle” sous la rubrique “Profession”. Je voulais pas dire que j’étais comédien avant de gagner ma vie avec ça. Aujourd’hui, mon métier, c’est humoriste. Je n’aime pas mettre “comique”, ça laisse entendre que je suis drôle, alors que si j’écris “humoriste”, ça signifie que j’essaie d’être marrant.»

«Je ne suis pas très bling-bling»

Pour lui permettre de tenir le rythme entre radio, télé et scène (son deuxième one-man show, actuellement en préparation, est annoncé pour avril 2020 à Bruxelles), une escouade d’auteurs le seconde dans l’écriture de ses textes. «Je suis comme un chef cuisinier: eux vont chercher les bons ingrédients, font les fonds de sauce, et après c’est moi qui réalise la recette. Mais il ne s’agit pas d’une armée de gens que je balade. Ils ont de vrais métiers: assureur, chimiste, d’autres ont des professions artistiques. Tous ont en commun d’aimer écrire.»

Avoir une équipe d’auteurs pour l’aider à gagner sa vie en faisant ce qu’il aime est bien son seul luxe. «Je ne suis pas très bling-bling», confirme l’humoriste. Pas de Ferrari. Pas de villa à Miami. Pas de compte aux Bermudes. En fait, ce qu’il y a de plus bling-bling chez Alex Vizorek, c’est sans doute la paire de baskets argentées qu’il porte. «À mes débuts, je jouais pour une boîte de cassoulet; maintenant, j’ai la chance de gagner un peu de sous et ça ne fait qu’augmenter. Je ne fais plus rien juste pour l’argent. Mais peut-être ne m’a-t-on pas proposé des sommes assez importantes pour ça», plaisante-t-il.

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Laura Gilli

L'humoriste se produit régulièrement au Montreux Comedy Festival. Ici, lors de l'édition 2018, aux côtés notamment de Blanche Gardin, Manu Payet et Marina Rollman.

Fan du Locle

Signe qu’il s’est fait une place dans le sérail, il est régulièrement sollicité par ses pairs. En 2018, on lui a ainsi proposé de présenter les Molières. Cette année, c’est la cérémonie des Magritte (les Césars belges) qu’il a animée. Le 5 décembre, Alex Vizorek endossera à nouveau son costume de maître de cérémonie pour le gala «So Chic!», au Montreux Comedy Festival. Le comédien a tissé des liens étroits avec la Romandie, où se produit presque tous les ans. D’un air amusé, il dit qu’il aime bien jouer au Locle: «Il y a une bonne ambiance.» Il se souvient aussi qu’un hôte pas comme les autres a assisté en 2018 à son spectacle à Morges-sous-rire. «Henri Dès était là», glisse-t-il, une pointe de fierté dans la voix.

Cet ancien pendulaire qui faisait toutes les semaines les trajets Paris-Bruxelles – ce qui lui inspiré le titre d’un recueil, «Chroniques en Thalys», paru en 2015, – vit désormais à plein temps à Paris, dans le 15e arrondissement. Lorsqu’on lui demande ce qu’il reste de belge en lui, la réponse fuse: «Tout, j’espère! Ça reste la première chose qui me caractérise. Quand on me demande de me présenter, je dis facilement: “Alex Vizorek, je suis Belge”. Je trouve que ça dit quelque chose, de par l’histoire de mon pays, du petit frère qui veut se faire remarquer alors que c’est compliqué à la maison.» Et il ajoute: «Nos querelles linguistiques ridicules sont un problème. On se retrouve dans les stades à chanter pour l’équipe de foot nationale en anglais... Pourtant, c’est super d’être à la croisée des cultures germaniques et latine.» Puisqu’on te dit qu’il y a de l’Helvète en lui!

Gala «So Chic!», Montreux Comedy Festival, le 5 décembre à l’auditorium Stravinsky, 20h30, billets sur www.montreuxcomedy.com

«Par Jupiter!», du lundi au vendredi de 17h à 18h sur France Inter

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