Une sale histoire de sexe

À l’heure de #MeToo, l’Amérique se passionne pour une nouvelle parue dans le «New Yorker». L’histoire de Margot qui a un rapport sexuel consenti mais non désiré avec Robert.

Par Marie-Adèle Copin

Une sale histoire de sexe
Image: iStock «Cat Person» ouvre une fenêtre sur les relations contemporaines entre un homme et une femme.
19 Décembre '17
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Rares sont les nouvelles du New Yorker qui font le buzz. Le magazine qu’il faut lire avec une loupe, a publié dans son édition du 11 décembre, «Cat Person», de Kristen Roupenian. L’histoire, c’est celle de Margot, une étudiante de 20 ans et Robert 34 ans (qui a deux chats, d’où le titre), qu’elle rencontre au cinéma d’art et d’essai où elle travaille. Leur flirt se transforme en messages, qui devient un date. Après quelques verres, Margot suggère qu’ils aillent chez lui, mais une fois là-bas et surtout, quand il commence à se déshabiller, elle réalise qu’elle n’a pas vraiment envie de lui. Ils couchent tout de même ensemble.

L’élément le plus fascinant de la nouvelle, et qui fait que tout le monde en parle, c’est le monologue interne de Margot durant l’acte. Un moment, elle pense que sa vie est en danger, le moment d’après, elle s’interroge et se demande ce qu’elle a fait de mal, tandis que quelques secondes plus tard, elle a pitié de Robert.

La description de l’ébat sexuel révèle cette zone grise du consentement. Un passage en particulier a retenu l’attention: «Le regardant comme ça, penché maladroitement, avec son ventre épais et mou et couvert de poils, Margot a un mouvement de recul. Elle réfléchit à ce qu’il faudrait qu’elle fasse pour mettre un terme à ce qu’elle a initié, et elle est accablée. Il lui faudrait énormément de tact et de délicatesse, et cela lui semble impossible. Ce n’était pas qu’elle avait peur qu’il essaye de la forcer, mais plutôt que si elle insistait qu’ils arrêtent, après tout ce qu’elle avait fait pour en arriver là, elle donnerait l’impression d'être pourrie gâtée et capricieuse. Comme si elle avait commandé quelque chose au restaurant et qu'une fois le plat arrivé, elle avait changé d'avis et renvoyé la nourriture». Sauf que le sexe, ce n’est pas une pizza ou un burger.

L’expérience de Margot n’est pas isolée. De nombreuses femmes se retrouvent dans l’histoire de la jeune femme, d’où son écho. Elle soulève, non pas la question du viol ou du harcèlement sexuel, mais quelque chose de plus subtil et c’est là que réside le pouvoir de la nouvelle. Le magazine féminin et féministe Refinery29 estime que «pour les femmes, avoir une relation sexuelle finit souvent par devenir une question de politesse.»

En quelques jours, la nouvelle est devenue l’œuvre de fiction la plus lue sur le site du New Yorker en 2017. Une Twittos met en avant le fait que pas assez d’histoires sur les expériences sexuelles des femmes sont publiées. Du côté des hommes sur Twitter, nombre d’entre eux ont de l’empathie pour Margot mais ne comprennent pas sa réaction (puisque Robert n’a rien fait de mal). «La nouvelle «Cat Person» a mis les hommes hétéros mal à l’aise. Tant mieux!» a titré le journal New Statesman.

Quant à l’auteure, elle souligne dans un entretien au «New Yorker» à quel point il est parfois difficile de dire non: «Ça correspond à la façon dont de nombreuses femmes, surtout de jeunes femmes, évoluent dans le monde: elles essayent de ne pas énerver les gens, elles se sentent responsables des émotions des autres, elles font beaucoup d'efforts pour que tout le monde autour d'elles soit content.»

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