Fille à lunettes

Diplômée de la HEAD-Genève, Eva Gaumé est devenue directrice artistique de la création optique chez Emmanuelle Khanh, à Paris. Friday lui a rendu visite sur son lieu de travail.

Par Emmanuel Coissy

Fille à lunettes
Image: Emmanuel Coissy Eva pose devant les locaux d'Emmanuelle Khanh, à Paris.
02 Novembre '17
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C’est un comble! Eva Gaumé est dingue de lunettes mais, dans la vie, elle n’en porte pas. «A part, des solaires, dit-elle. Les autres, j’adore les regarder. Si je devais en mettre, je ne saurais pas lesquelles choisir. Il faudrait que je les aie toutes (ndlr: Elle désigne de nombreux coffrets ouverts devant nous où s’alignent des montures). Ce sont toutes mes enfants!»

La Lyonnaise, âgée de 25 ans, est, depuis quelques mois, directrice artistique de la création optique chez Emmanuelle Khanh. Il y a juste 2 ans, elle décrochait son bachelor en Design Bijou et Accessoires à la HEAD-GenèveC’est là que j’ai fait sa connaissance. L’étudiante d’alors est devenue une professionnelle. Elle est souriante, vive. Elle semble épanouie.

Des échantillons sur le bureau d'Eva.

Image: Emmanuel Coissy

Eva Gaumé, 25 ans, directrice artistique. Paris, octobre 2017.

Image: Emmanuel Coissy

La griffe Emmanuelle Khanh, du nom de sa créatrice (1937-2017), est culte depuis sa fondation dans les années 1970. Tant pour le prêt-à-porter féminin que pour les lunettes. Travailler chez elle, c’était le rêve d’Eva depuis un stage qu’elle avait fait dans les locaux du IIIe arrondissement de Paris, où nous nous sommes retrouvés vendredi passé.

«Ses modèles oversize en acétate sont aisément reconnaissables. Ils ont du caractère», raconte la directrice artistique. La marque s’était essoufflée à la fin des années 1990, jusqu’à disparaître des radars. «L’engouement pour les rééditions vintage a permis un regain d’intérêt pour notre collection Héritage.»

Le tâche de la jeune femme consiste à dessiner des lunettes originales, qui deux fois par an, sont présentées dans les foires internationnales. Elles sont fabriquées en France, quelques-unes au Japon. Il faut compter entre 325 et un peu plus de 400 francs pièce.

Je joue avec les lunettes d'Eva dans la cour intérieure qui jouxte son bureau.

Image: Emmanuel Coissy

Un totem fantôme au siège de la marque.

Image: Emmanuel Coissy

D’un même geste, Eva met au goût du jour des modèles iconiques et donne libre cours à son imagination pour la ligne Studio, notamment en mêlant acétate et métal. «Ce matériau apporte une dimension bijou. Là, je viens de créer vingt nouveaux modèles, déclinés en cinq couleurs. Concernant le style, le mot d’ordre, chez nous, c’est liberté.»

A mesure qu’elle parle, je sens chez elle un enthousiasme naturel, l’assurance de la professionnelle à son affaire. A ce moment-là, moi, éternel binoclard, j’en viens même à vouloir voler quelques-unes de ses créations. «Le design n’est pas une fin en soi. Quand des lunettes se posent parfaitement sur un visage, c’est le rêve.» Et elle a raison.

Un modèle de la collection automne 2017.

Image: Emmanuelle Khanh

La styliste Emmanuelle Khanh (1937-2017), en janvier 1960.

Image: AFP / J.-R. Roustan / Roger-Viollet

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