Être une femme libérée

La photographe Yumna Al-Arashi s'étonne des clichés que l'Occident véhicule concernant les communautés arabes. Une femme voilée serait opprimée, mais qu’en est-il de celles qu’on montre nues et hypersexualisées? Interview.

Par Roberta Fischli

Être une femme libérée
Image: Ornella Cacace La photographe Yumna Al-Arashi
07 Septembre '17
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Nous rencontrons Yumna durant une matinée ensoleillée à Zurich. La photographe est originaire de New York, où son dernier projet intitulé «Skin Shedding» est actuellement exposé. Pour l’occasion, elle a photographié des musulmanes dans un hammam à Beyrouth – clichés si originaux que même le magazine «Vogue USA» s’y est intéressé.

Yumna, comment en êtes-vous venue à la photographie?

Yumna Al-Arashi: Pour commencer, je prenais surtout mes amis en photo, histoire d’essayer et de m’amuser. C’est après l'université que je me suis dit: pourquoi ne pas utiliser la photographie pour gagner ma vie et discuter de sujets qui me concernent?

Le dernier projet de Yumna «Shedding Skin» (2017) montre des femmes musulmanes dans un hammam.

Des sujets qui te concernent. C’est-à-dire?

Y.A-A.: J’aimerais mettre mes origines en lumière et aller à contre-courant de ce que les médias montrent de manière générale. Parce que j'ai des parents arabes et musulmans, je suis toujours interpellée par des inconnus qui ont l'impression de tout connaître sur ma vie et ma culture.

Et qu'est-ce qu'ils disent?

Y.A-A.: «Vous devez être totalement opprimée» ou «vos parents ont-ils un problème avec votre travail?». Comme si je ne pouvais pas faire mes propres choix et que je devais me cacher de quelque chose ou de quelqu’un.

Yumna travaille également dans le domaine de la mode. Voici l'un de ses shoot de 2015.

Dans la série «Northern Yemen», les femmes en hijab se présentent en super-héroïnes. Cela ne glorifie-t-il pas un symbole de soumission?

Y.A-A.: Pour moi, ces images représentent quelque chose de totalement différent. De toute évidence, je suis contre le voile intégral, car les femmes sont ainsi privées d'une partie de leur corps. Mais croire que chaque femme voilée est opprimée et qu’elle est dénuée de toute volonté est tout aussi oppressif! De plus, je trouve que l'hypersexualisation de la femme en Occident n'est pas moins problématique.

La femme voilée, mise en scène comme une héroïne solitaire dans la série«Northern Yemen», 2013.

Dans vos clichés, vous vous présentez nue, mais vous photographiez également d'autres femmes en tenue d’Eve. N'est-ce pas une contradiction?

Y.A-A.: Non, pourquoi? Je n’ai aucun problème avec les images de nus. Auparavant, je voulais même gagner ma vie grâce à la photographie érotique.

«Life in Space» un cliché issu de la série sur les sirènes, 2014.

Entre nudité et couvre-chef quelle serait la bonne solution?

Y.A-A.: Accepter que chaque femme peut faire ses propres choix et les assumer en matière de vêtements aussi bien qu’en matière de sexualité.

Yumna Al-Arashi a étudié les sciences politiques et travaille comme photographe depuis des années. Avec son travail, elle attire souvent l'attention internationale. Sa série intitulée  «Shedding Skin» - en français, «desquamation de peau» - a été exposé à New York et à Los Angeles. Elle vit actuellement à Londres.

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