Une chambre à soi

L'artiste français John Thackwray a parcouru la planète pendant six ans pour photographier les chambres des millennials du monde entier. Entre deux conférences, il a répondu aux questions de Friday.

Par Célia Héron

Une chambre à soi
Image: John Thackwray Ryoko, 25 ans, ingénieure, Tokyo (Japon)
28 Juin '17
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En voilà un qui n'est pas du genre à passer sa vie enfermé dans sa chambre. Le photographe et réalisateur français John Thackwray a passé six ans à voyager et à interviewer des jeunes de 18 à 30 ans à travers le monde. Ces derniers lui ont ouvert la porte de la pièce où ils dorment pour le projet «My Room». Ses clichés drôles et touchants ont été regroupés en un livre publié en avril dernier en français, anglais et japonais. Une exposition devrait notamment avoir lieu en Suisse et en France dans les mois qui viennent (pour les dernières actualités, voici sa page Facebook).

Aujourd'hui, le Français partage son temps entre la réalisation de documentaires et les conférences qu’il donne un peu partout. Il a répondu à quelques questions pour Friday.

Friday: Comment est né le projet «My Room»?

John Thackwray: C'est le fruit d’un long processus. Au cours de mes voyages entre 2010 et 2016, j’ai voulu comprendre ce qui régissait le quotidien des uns et des autres, dans l’idée de documenter les inégalités qui ont un impact sur l’humanité (la pauvreté, la violence, la condition des femmes, le manque d'éducation). Au final, ce projet présente 1200 jeunes gens de 55 pays différents. Le monde change si vite, des modes de vie disparaissent. Les photographier est une façon de les immortaliser.

Osia, 18 ans, Berger, Ha Selomo (Lesotho)

Pourquoi as-tu décidé de garder cet angle, au plafond?

JT: C’était l’angle logique pour montrer la personne et son environnement. Tous les détails peuvent ainsi apparaître. Quand les clichés sont imprimés en grand format, par exemple pour une exposition, le résultat est coloré, immersif. Je tiens à photographier les gens avec dignité et fierté, qu’ils soient riches, pauvres, ingénieurs ou fermiers.

Techniquement, comment as-tu fait pour prendre les photos? 

JT: Je préfère garder ma technique pour moi ;) 

Andreea, 24 ans, ingénieure en génie civil, Bucarest (Roumanie)

Image: John Thackwray

Comment as-tu eu accès aux chambres de ces inconnus?

JT: Chaque photo a une histoire différente. Convaincre les gens de m'ouvrir leur chambre a occupé 95% de mon temps. Il y a différentes manières d'en faire la demande tout en garantissant sa propre sécurité. J’utilise les réseaux sociaux, je travaille aussi avec plusieurs associations: des ONG internationales d'une part, et des associations locales qui connaissent le terrain d'autre part. Parfois, je demande directement dans la rue (ce qui reste rare). Dans chaque pays, j’ai besoin d’établir rapidement un réseau sûr de gens de confiance.

Gullé, 29 ans, actrice, Istanbul (Turquie)

Image: John Thackwray

Est-ce que tu as préparé ou modifié l’apparence de la chambre avant de l’immortaliser?

JT: Je laisse les personnes photographiées libres de montrer ou cacher ce qu’elles veulent, c’est leur choix et je n’interfère pas. Certaines m’ont demandé quelques minutes pour nettoyer leur chambre, d’autres s’en fichent. Parfois, même si on ne le voit pas, il y a beaucoup de monde derrière moi... les parents, des amis, des frères et des sœurs.

Yuan, 22 ans, vendeuse, Dali (Chine)

Image: John Thackwray

Si tu avais à retenir une chose de ce voyage, qu’est-ce que ce serait?

JT: Les inégalités et l’ignorance sont les principaux fléaux de l’humanité, et nous devons tous nous battre contre ça. Il faut également garder en tête en permanence que ce sont les jeunes qui forgent le monde de demain.

Claudio, 24 ans, archiviste, Rio (Brésil) 

Image: John Thackwray

Quels points communs et quelles différences t’ont le plus frappé?

JT: La plus grande différence – et cela n’est pas une surprise même si on n’y pense pas toujours – est la langue. Il y a plus de 6000 langues parlées dans le monde, ce qui a rendu la réalisation de ce projet très difficile. (…) Une autre différence de taille: la perception de la famille. Dans certaines communautés, le père est le chef. On lui doit le respect et il prend les décision pour toute la famille. Tandis qu’il y a des pays, notamment en Occident, où les enfants sont au centre et les parents font de nombreux sacrifices pour eux. Ce sont eux, quelque part, de façon indirecte, les chefs de famille.  

En termes de point commun, je dirais internet et les réseaux sociaux. Des jeunes Saoudiennes aux fermiers de la campagne africaine, cette génération est clairement connectée, ce qui me permet de rester en contact avec la majorité d’entre eux.

Mappemonde des chambres.

Image: John Thackwray

Plus d'infos sur la page officielle du projet.

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