Ma semaine avec un solitaire

30 000 francs! Telle est la valeur de la bague portée par notre rédactrice. Karin Zweidler raconte son expérience.

Par Karin Zweidler

Ma semaine avec un solitaire
Image: Djamila Grossman La question est sur toutes les lèvres: qui est l’heureux élu? Eh bien...
09 Avril '17
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Ça fait 150 ans que Furrer Jacot réalise à la main des bijoux d’exception. Sa spécialité: la bague de fiançailles et l’alliance. Et voilà que la maison schaffhousoise m’en prête une. A moi, Karin, qui suis loin d’être fiancée et pas très douée pour prendre soin des objets, qui plus est hors de prix. J’ai donc eu l’insigne honneur de porter pendant sept jours un solitaire d’une valeur de 30 000 fr. Rien que ça!

Comme une princesse

Avec cette coquette somme, certains s’achèteraient une petite cylindrée, d’autres se ruineraient chez Gucci. En ce qui me concerne, le prix de ce bijou représente deux ans de loyer. Dans un premier temps, je reste sceptique.

Contrairement à ce que Marilyn Monroe veut nous faire croire, les diams ne sont pas mes meilleurs amis et ne l’ont jamais été. Les tatouages éphémères des années 1990, les bijoux de pacotille dans des pochettes-surprises, et mille objets kitsch et dorés ont longtemps suffi à me faire planer. Un carat sur une bague de fiançailles, ça n’a rien de révolutionnaire. Ou bien?

Avec un tel joyau, même le fait de sortir la poubelle devient chic. 

Image: Djamila Grossman

Parfaitement ajusté à mon doigt, j’avoue que l’anneau commence à susciter mon intérêt. Qu’est-ce qu’il brille! La princesse qui sommeille en moi en a les yeux humides et balance sa main dans tous les sens pour voir où la lumière se reflète le mieux. Réponse: partout. Je prête une attention toute particulière à chacun de mes mouvements, et je me sens sublime bien que mon vernis à ongles soit écaillé. Et stressée, aussi!

Crise de nerfs

Toutes les 20 secondes au début, puis toutes les dix minutes, je tressaille et vérifie que mon trésor est bien à sa place sur mon doigt. De peur de perdre la bague, je l’enlève pour me doucher, faire la vaisselle ou descendre les poubelles. L’idée glorieuse de la garder pendant toute une nuit se révèle moins glorieuse que prévu au deuxième jour. En tâtonnant fébrilement au réveil, je m’aperçois que mon doigt est nu. Après avoir secoué la couette et tous les coussins, je la retrouve. Aarghhh, mes nerfs!!

La bague de fiançailles. Brillant (1 carat) serti sur or blanc et orné
de 84 brillants (0,372 carat), 30 000 fr., Furrer Jacot

Image: DR

L’excitation me poursuit, même en dehors de l’appartement. Le solitaire fait sensation. Mes amies m’interrogent. «Depuis quand tu portes de l’argent?» «Euh… C’est de l’or blanc.» Et ma mère: «Avec qui tu t’es fiancée???» Des experts autoproclamés m’attrapent la main et tentent de deviner la valeur des pierres (ils ont tout faux).

Je suis moi-même mal à l’aise face à cette agitation; je baisse la voix dès que je parle de l’anneau et siffle des «Chuuuut!» hystériques à chaque fois que mes amies s’y mettent. J’évite dans la mesure du possible de faire apparaître la bague sur les photos Instagram, spéciale dédicace à Kim Kardashian. Plutôt crevant, tout ça!

Rupture inéluctable

Et génial, aussi! Quand la fin de la semaine arrive, je remarque que je suis, en fait, folle du caillou. Je veux le garder. D’une part, parce que même en pyjama, je me sens chic. D’autre part, parce que j’ai développé pour lui un instinct protecteur. Sept jours de baby-sitting, ça crée du lien. C’est qu’on s’y attache! Mais voilà: je préfère quand même payer mon loyer, et comme j’ai un faible pour les vacances et le shopping en ligne, je n’ai toujours pas économisé 30 000 francs. Adieu, solitaire. Tu n’étais peut-être pas mon meilleur ami... mais presque!

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