Le côté obscur de la fashion week

Attente infernale dans le noir, racisme... Un directeur de casting a dénoncé sur Instagram les conditions de travail des mannequins, notamment lors des défilés des grandes maisons de couture parisiennes.

Par Célia Héron

Le côté obscur de la fashion week
Image: AFP Lors du dernier défilé Lanvin, le 28 septembre dernier.
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À force de voir défiler sur nos écrans les vies de Bella, Gigi ou Kendall, on pourrait presque croire que leur quotidien est celui de tous les mannequins. Le célèbre directeur de casting américain James Scully (qui a collaboré avec Tom Ford ou encore Stella McCartney) remet cette semaine les pendules à l'heure: il a dénoncé sur Instagram les mauvais traitements subis par les mannequins à Paris, créant une fashion-tempête cette semaine.

Défenseur depuis des années des droits de jeunes hommes et femmes victimes d'abus dans le milieu de la mode, ce dernier a décidé de partager sur son compte les anecdotes bien glauques de la fashion week parisienne dans le cadre d'une initiative nommée «Business Of Fashion Voices» ou #bofvoices (du site spécialisé éponyme).

«Traitées comme des animaux»

Il accuse les grandes maisons de couture de confier à des sous-traitants le casting de leurs modèles, sans s'intéresser à leurs pratiques inhumaines. Madia & Ramy, mandatés par Balenciaga, Hermes ou encore Elie Saab pour trouver les filles qui paraderont sur le podium, sont selon lui des «abuseurs en série».

Lors du dernier casting Balenciaga lundi, «ils ont fait attendre plus de 150 filles dans une cage d’escaliers et leur ont dit qu’elles devraient rester trois heures pour être vues, exigeant qu'elles ne quittent pas les lieux. Comme à leur habitude, ils ont claqué la porte et sont allés déjeuner; ils ont éteint la lumière dans les escaliers, laissant les filles éclairées par le seul halo de leur téléphone. Cela n’est pas seulement sadique et cruel, c’est dangereux», note-t-il.

Il précise que de nombreuses jeunes filles ont annulé leur participation aux castings de Madia & Ramy, refusant d'être traitées «comme des animaux».

So true to my promise at #bofvoices that I would be a voice for any models, agents or all who see things wrong with this business I'm disappointed to come to Paris and hear that the usual suspects are up to the same tricks. I was very disturbed to hear from a number of girls this morning that yesterday at the Balenciaga casting Madia & Rami (serial abusers) held a casting in which they made over 150 girls wait in a stairwell told them they would have to stay over 3 hours to be seen and not to leave. In their usual fashion they shut the door went to lunch and turned off the lights, to the stairs leaving every girl with only the lights of their phones to see. Not only was this sadistic and cruel it was dangerous and left more than a few of the girls I spoke with traumatized. Most of the girls have asked to have their options for Balenciaga cancelled as well as Hermes and Ellie Saab who they also cast for because they refuse to be treated like animals. Balenciaga part of Kering it is a public company and these houses need to know what the people they hire are doing on their behalf before a well deserved law suit comes their way. On top of that I have heard from several agents, some of whom are black that they have received mandate from Lanvin that they do not want to be presented with women of color. And another big house is trying to sneak 15 year olds into paris! It's inconceivable to me that people have no regard for human decency or the lives and feelings of these girls, especially when too too many of these models are under the age of 18 and clearly not equipped to be here but god forbid well sacrifice anything or anyone for an exclusive right? If this behavior continues it's gonna be a long cold week in paris. Please keep sharing your stories with me and I will continue to to share them for you. It seems to be the only way we can force change and give the power back to you models and agents where it rightfully belongs. And I encourage any and all to share this post #watchthisspace

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«Des agents, certains de couleur, m’ont également confié que Lanvin leur avait demandé de ne pas présenter à la marque des filles de couleur. Une autre grande maison (ndlr:qui n’est cette fois-ci pas nommée) essaie de faire entrer à Paris des filles de 15 ans! (...) Continuez à partager vos histoires (…) On dirait bien que c’est la seule façon d’imposer le changement et de rendre le pouvoir aux mannequins et aux agents», conclut son post.

La porte-parole de Lanvin Sophie Boilley a réagi mardi après-midi en affirmant que les affirmations de James Scully étaient «complètement fausses et sans fondement», relève le site spécialisé Women's Wear Daily. Balenciaga a en revanche reconnu que la direction avait pris connaissance de «problèmes» liés au castings de ses mannequins et a mis fin à sa collaboration avec Madia & Ramy, l’agence pointée du doigt pour ses mauvais traitements répétés.

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