Génération révolution

L'édition de «Vogue» du mois de mars, résolument féministe, célèbre «la femme américaine moderne»: ambitieuse, bien dans son corps quelle que soit sa silhouette ou sa couleur de peau, et déterminée à soutenir ses pairs.

Par Célia Héron

Génération révolution
Image: Vogue Les femmes règnent sur la mode!
09 Février '17
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Elles s'appellent Ashley Graham, Kendall Jenner, Gigi Hadid... mais aussi Liu Wen, Ruby Goergeou ou Imaan Hammam. Toutes vêtues du même uniforme, col roulé noir et shorty coloré, make-up nude et chignon serré, on pourrait presque trouver qu'elles se ressemblent. Ce numéro collector de «Vogue» veut laisser leur individualité s'exprimer autrement que par leurs vêtements: seuls leurs visages et corps diffèrent.

La photo, shootée à Malibu (where else?) est signée Inez & vinoodh. Accrochées les unes aux autres comme si leurs destins étaient liés, ces mannequins incarnent deux aspects de la mode chers à la bible du milieu. D'une part, la diversité constitutive d'une Amérique métisse et bien dans sa peau, même quand elle est représentée par Trump. D'autre part, la montée en puissance des femmes dans la société.

@voguemagazine

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«Dans un climat de portes fermées aux immigrants et de construction de murs (ndlr: référence au nouveau président américain), les noms les plus importants de 2017 prouvent qu’il n’y a pas qu’un seul type d’Américaine, et il n’y en a jamais eu», affirme le magazine américain. 

En matière de mode, chaque décennie a connu ses canons de beauté. «Les règles changent, mais il y a toujours des règles. Que se passerait-il, se demande «Vogue», si la société jetait les règles du jeu à la poubelle? Qu’est-ce que la beauté quand aucune règle ne s’applique?»

Ce désir d'ouverture à toutes les silhouettes, tous les types de peaux, est né d’une quête d’authenticité, poursuit le magazine. Celle-ci est due en partie aux «digital natives», qui suivent sur les réseaux sociaux des profils très variés. Des YouTubeuses comme toi ou moi qui n’auraient peut-être pas été «repérées» par des agences, des filles déterminées à se faire une place «malgré» leur courbes, comme Ashley Graham.

Cette génération de femmes est également bien décidée à ne pas se laisser marcher dessus. Pour preuve, le titre, «Le règne des femmes», en hommage à ces figures de la mode «qui n’ont peur de rien». Adwoa Aboah (deuxième en partant de la droite de la couverture) a par exemple fondé la plateforme féministe «GurlsTalk». Personne n'ignore plus qu'Ashley Graham milite elle aussi pour l'inclusion des femmes.

Qu’on se le dise: femme moderne ressemble à ce qu’elle veut, fait ce qu’elle veut, et ses haters peuvent perdre leur vie à cracher sur la sienne, elle s’en contre-fout.

Un bémol, tout de même. L’intention est bonne, mais tout le monde n’est pas dupe. Sur Instagram, les commentaires soulignent que cette diversité affichée est difficile à avaler. Elles sont toutes grandes, quasiment toutes très fines, et la seule qui a un tour de cuisse supérieur à ton tour de poignet à la main dessus, comme pour la cacher. Encore un peu de travail.  

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