«Il faut du courage pour créer son style»

Le photographe britannique Anthony Lycett nous présente des silhouettes excentriques dans un livre de photos aussi fun que fascinant. A mettre en toutes les mains.

Par Célia Héron

«Il faut du courage pour créer son style»
Image: Anthony Lycett
03 Janvier '17
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Lui-même préfère se cacher derrière son livre. Pourtant, le photographe britannique Anthony Lycett est fasciné par les personnages que se créent les gens. Son ouvrage «Self.Styled» (de «self», soi et «styled»: stylé, «self-styled» signifiant aussi «autoproclamé» en anglais), joue sur ces notions d’identité. Son sous-titre, «Osez être différent», célèbre la diversité des looks. Depuis sa parution il y a deux mois, cet album photos intrigue. Friday a voulu en savoir plus sur ce projet déjanté.

Comment l’idée d’un tel livre s'est-elle imposée?

Quand je travaillais dans le milieu de la mode, j’aimais trouver des «personnages» pour mes photos. Je remarquais que, souvent, ces gens avaient un style génial, et nous diluions celui-ci avec les vêtements que nous avions pour le shooting. Je voulais en savoir plus sur ces modèles, donc en 2008 j’ai créé le projet Self.Styled, avec l’intention de célébrer l’individualité et les libertés personnelles de chacun.

Sur quels critères avez-vous basé le choix des modèles?

J’ai tendance à choisir les gens qui ne s’habillent pas simplement pour sortir faire la fête, mais dont tout le style de vie est incarné par leurs choix vestimentaires. Ce ne fut pas facile ensuite de n’en garder que 110, c’est un peu comme choisir ses enfants préférés! J’ai voulu garder un équilibre en matière d’âges, d’ethnicités, de «tribus», pour célébrer la diversité des styles créatifs.

Pourquoi cet environnement blanc, quasi-clinique?

J’ai choisi dès le départ un fond neutre pour qu’on ne se concentre que sur eux, leur style, leur personnage. Je voulais les photographier en dehors de leur environnement, comme dans le cadre d’une étude scientifique.

Vous leur avez donné des indications quant à la pose?

Puisque j’avais déjà créé l’environnement, je n’ai pas souhaité leur imposer mes idées. Rien qu’avec leur choix de positions, le spectateur a une idée de leur personnalité. C’était important pour moi de prendre un peu de recul pour ne pas m’imposer.

Le livre nous fait réfléchir au «socialement acceptable». Comment définiriez-vous cette notion?

Moi, je ne définis rien. La société a décidé ce qu’elle estime être acceptable, et je crois que les gens ont peur de ce qu’ils ne comprennent pas. Ils préfèrent rentrer dans les rangs et ne pas se démarquer. S’habiller peut être un acte subversif quand tu décides de ne pas te fondre dans la masse, pour montrer ta différence. Il faut du courage pour créer son propre style.

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