Le tatoueur qui rêvait des étoiles

Maxime Buchi est une star du tatouage. Le Vaudois de 36 ans a aussi signé une collaboration avec Hublot pour qui il a dessiné une montre. Rencontre.

Par Emmanuel Coissy

Le tatoueur qui rêvait des étoiles
Image: Instagram mxmttt Waiting list et sélection scrupuleuse: tout le monde ne peut pas être tatoué par Maxime Buchi.
04 Mai '16
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Il ne cesse de voyager. Normal: sa clientèle se trouve éparpillée dans le monde. Maxime Buchi tatoue stars (Kanye West, FKA Twigs) et inconnus, qui attendent longtemps et payent cher pour qu’il s’occupe d’eux. De fait, il est lui-même devenu une personnalité convoitée.

Cet ancien étudiant de l’Ecal vit aujourd’hui à Londres, où il a créé Sang Bleu, une société axée autour du tatouage: studio, maison d’édition et création de fringues. Il présente actuellement une montre qu’il a dessinée pour l’horloger suisse Hublot et qui a été présentée la semaine dernière à Berlin, où Friday l'a rencontré.

Le tatouage tel qu’il est pratiqué aujourd’hui à New York, Londres ou Berlin est-il devenu un produit standardisé?

Maxime Buchi: Je ne crois pas. C’est vrai qu’à l’origine, il a été la première culture globalisée puisque ce sont les marins qui l’ont développé et répandu. Dans le registre traditionnel, on retrouve donc des influences du Japon, des îles, etc. Mais, aujourd’hui, alors que la culture est globalisée, le tattoo est relativement distinct d’un endroit à l’autre. Il y a le style et la manière dont les gens se tatouent.

Girlfriend de Robert Pattinson, la chanteuse FKA Twigs, exhibait le tattoo fait par Maxime Buchi lundi au Met Gala.

Image: AFP

Par exemple?

M.B.: En Angleterre, les gens font peu de très grosses formes parce que la tradition privilégie les petits motifs de marin, bon marché. On obtient une grande composition à partir de petits éléments. En Suisse, où «quand on fait les choses, on les fait bien», le client prévoit plutôt un grand projet sur un an ou deux. Les séances sont nombreuses. Il investit de grandes sommes d’argent, revient tous les mois. Ces spécificités font qu’il y a des endroits où j’aime tatouer et d’autres où je ne le ferai jamais.

Parmi ces motifs imposants, il y a le blackout tattoo qui est à la mode en ce moment. Dans quelle mesure es-tu influencé par les tendances?

M.B.: Mon style est influencé par beaucoup de choses,  notamment la géométrie (quand j’étais enfant je rêvais d’être astrophysicien) et la spiritualité. Ce sont des questions dans l’air du temps et qui touchent le contemporain. Donc quand je créé une montre ou un dessin, j’ai envie qu’il plaise aux gens d’aujourd’hui.

Les formes géométriques inspirent Maxime.

Image: Instagram mxmttt

Tu es arrivé à un point où tu peux choisir ta clientèle. Comment s’est produit ce changement?

M.B.: Au début, je devais prendre tous les gens qui venaient. Mais je gardais à l’esprit cet objectif. J’y suis parvenu il y a 3 ans. Je crois que mon expérience dans la communication visuelle et la direction artistique a fait la différence. Je ne cherche pas à refuser du monde, je communique de façon à ce que les projets qui ont le moins de risque d’être rejetés viennent à moi. C’est aussi pour ça que j’ai ouvert un studio: je ne veux pas perdre la clientèle dont je ne peux m’occuper personnellement. Mais bon, je sais que je ne pourrai pas tatouer comme ça encore longtemps. On n’est pas cool toute sa vie. La mode passe.

Un rameau, un oiseau: le bras devient une aile.

Image: Instagram mxmttt

Les mots que tu emploies sont-ils ceux d’un homme libre?

M.B.: Je ne sais pas qui est vraiment libre et dans quelle mesure. Ça dépend de quoi on parle. J’essaie d’exploiter au mieux ce que j’ai reçu de la vie. Mon enfance et mon adolescence n’ont pas forcément été très faciles. J’ai tenté plein de choses et des études qui n’ont pas abouti. Quand j’ai décidé d’être tatoueur, c’était, en somme, ma dernière opportunité de réorientation.

Et ça t'a réussi...

Oui mais cela explique que je n’ai pas toujours été aussi libre que maintenant, car si tout avait fonctionné comme je l’avais voulu, je serais astrophysicien. D’un autre côté, aujourd'hui, je fais ce que je veux. Je me lève quand je veux, je peux arrêter de bosser pendant des mois et aller vivre à peu près où je veux. Je dois juste faire attention à avoir assez d’argent pour nourrir mes gamins.

La Big Bang sang Bleu de Hublot dessinée par Maxime.

Image: Hublot

Comment la paternité a-t-elle influencé ta carrière?

M.B.: Elle a tout changé. Tout ce que je croyais important auparavant ne l’est plus. Un enfant, je le voyais comme la cerise sur le gâteau. Et d’un coup tout s’est inversé: c’est le gâteau sur la cerise.  Je me dis même que si tout s’écroule, il n’y a plus que la famille qui compte.

Ta compagne est enceinte, je crois.

M.B.: Oui, on attend des jumeaux en août. On passe d’un enfant à trois. Ça change tout… pour le mieux!

Un torse de guerrier.

Image: Instagram mxmttt

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